Chaque année, c'est la pire?

Je sais pas si vous avez remarqué mais depuis genre 2016, depuis l'élection de Trump, on n'arrête pas de dire que cette année était la pire année. On voit passer des messages vers le 31 décembre qui disent genre "Fuck you, 2016". En tout cas, personnellement, j'ai vraiment remarqué ça en 2016, après l'élection de Trump. Comme si les gens étaient juste rendu fatigués. Tristes et en deuil devant cet événement si choquant. Et mon impression c'est qu'on voyait pas vraiment ça avant, ce genre de posts négatifs envers l'année qui se termine. Ou du moins pas autant. Pas aussi répété. Pas aussi généralisé dans le zeitgeist.

Genre, je me souviens des posts de 2016 qui listaient toutes les choses poches qui sont arrivées cette année là. Et c'était pas juste les posts eux mêmes: c'était aussi dans les commentaires et les réactions des gens qui ressentaient la même chose.

L'affaire c'est que je me demande si c'est réellement le cas, si les années sont réellement généralement plus mauvaises qu'avant. Ou si c'est pas plutôt notre perception qui est rendue plus négative. Peut-être que c'est les gens dans mon cercle de réseaux sociaux qui vieillissent et deviennent plus cyniques ou fatigués? Genre tannés de toujours se battre, pour la politique ou l'anti-racisme/sexisme/etc. Est-ce que c'est vrai que les dernières 5 année ont vraiment été pires que les 5 avant? Est-ce que c'est parce que les gens dans mes cercles sont des millénaux et qu'ils font face, à peu prêt tous en même temps, à l'impuissance, à la réalité économique, au fait de pas pouvoir s'acheter de maison par exemple? Ou se désolent de ne pas avoir assez de poids dans les élections pour contrer les boomers plus conservateurs?

Ou alors, se pourrait-il que c'est les médias sociaux qui nous font tout voir de manière négative? C'est à partir de quelle année que Facebook et Twitter ont changé leurs algorithmes pour donner plus de visibilité aux posts populaires? Aux posts controversés qui font réagir les gens et qui sont donc "populaires"? Mon feeling c'est que c'était autour de 2016, non? Donc ça expliquerait pourquoi ces posts "fuck you 2016", et ceux des années suivantes, se sont vu donné une plus grande visibilité.

Ou alors, c'est l'inverse? Est-ce que l'humeur misérable collective serait causée ou du moins amplifiée par Facebook? Je sais que Twitter a vraiment ce problème d'amplification de la mauvaise humeur et la colère perpétuelle et c'est pour ça que j'ai arrêté de l'utiliser. Et je pense que Facebook est pareil (mais je l'utilisais déjà peu à cette époque donc je suis pas sûr maintenant).

Si c'est le cas, ça voudrait dire que ces grosses compagnies ont un contrôle vraiment puissant sur l'humeur collective. Ils optimisent leurs algorithmes pour maximiser leur revenus publicitaires et ça adonne que la recette gagnante pour eux c'est de nous rendre perpétuellement fâchés.

Mettons que je suis content d'avoir effacé mon compte Facebook.

Explorer sa rage en écoutant Anna Meredith très fort

Ma psy m'a appris l'importance de s'avouer nos propres sentiments. De pas les renier. De plutôt les observer avec curiosité. D'en prendre note. De les explorer. Des fois je fais ça dans ma tête, des fois je le fais par écrit ici, d'autre fois je le fais dans mes notes personnelles.

Depuis 2 semaines, je suis en amour avec la musique bizarre, intense et expérimentale de Anna Meredith. C'est le genre de musique qu'on adore ou qu'on déteste. Personnellement, j'adore!

La première fois que j'ai découvert sa musique, c'était en cherchant de la musique électro, dance ou techno trance composée par des femmes. (parce que, soyons honnêtes, c'est un genre de musique beaucoup trop dominé par des dudes qui font des tunes avec des paroles ou des images sexistes). Et donc je tombe sur une liste avec diverses suggestions de musique électro par des compositrices et je tombe sur Anna Maridith.

La première chose chose que j'ai entendu d'elle, c'était sa pièce Nautilus:

Inutile de dire que ça ma reviré tout croche. Je ne savais pas trop quoi en penser, mais j'étais définitivement curieux. Deux ans plus tard, je suis retombé dessus dans ma librairie et une fois la surprise initiale passée, j'ai vraiment accroché! Je connais rien qui sonne comme ça. Et j'adore!

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Mon ami Fred, qui voyait les beaux côtés -- Silver Lining

Trigger warning: suicide et autres choses tristes.

Image du vidéoclip Silver Lining de First Aid Kit. Les 2 chanteuses, de dos, regardent une peinture d'un orage dont les nuages noirs ont un contour lumineux.

J'ai appris l'autre jour qu'un de mes amis a mis fin à ses jours. Ce qui est un euphémisme poli de dire qu'il s'est suicidé. C'était un bon ami, même si je ne le voyais plus souvent dans la dernière année. Pendant genre 2-3 ans, je le voyais chaque semaine durant les cinq à sept de la job. C'était mon partenaire de bière, la personne avec qui je pouvais bitcher quand il y avait des trucs moches à la job, mais aussi une personne avec qui on pouvait parler des belles choses dans la vie. Il n'avait aucune gêne et aucun sujet était off limit avec lui. Pour moi, c'était parfois choquant, mais aussi plutôt libérateur.

Je me souviens en particulier d'une de nos dernières conversations. Il m'avait fait un lift jusque chez nous et on avait parlé dans l'auto. Arrivé devant chez moi, on a continué de parler pendant au moins deux heures, jusqu'à très tard dans la nuit. Il me racontait ses problèmes et je lui ai raconté les miens. C'était une époque où j'avais encore beaucoup de difficulté à parler de moi. Il était patient et compréhensif. Il m'encourageais là où j'avais des difficultés avec mes problèmes. Mais rapidement, notre conversation s'était élargie pour parler de choses positives et de comment les gens avaient souvent de la difficulté de parler de la beauté dans le monde. On parlait de l'importance de dire aux gens ce qu'on aime chez eux: si on aime travailler avec eux, si on aime discuter avec eux, ou même juste des petits compliments comme le choix d'un vêtement ou dire aux gens qu'ils sont beaux. C'est bizarre comment, en général, on a tous plus de facilité à dire des critiques que des compliments.

C'est sûr que c'était pas un gars parfait. Ceux qui le connaissait le savent. Ceux qui ont joué avec lui à des jeux online le savent aussi. Il pouvait être pas mal chialeux sur certains sujets. Mais rien de particulièrement alarmant. Il suffisait de changer de sujet pour retrouver le gentil Fred.

On entend des fois les gens dire, quand un de leurs proches meurt à cause d'un suicide, qu'ils avaient perçu des signes mais qu'ils n'ont rien fait parce qu'ils pensaient que c'était pas grave. Mais pour moi c'est réellement une surprise. J'aurais jamais pu même imaginer qu'il allait faire ça.

Est-ce que c'est parce qu'il ne m'en parlait pas? Ou parce qu'il était encore correct les dernières fois qu'on s'est parlé? Ou parce que c'est moi qui a été aveugle aux signes? Peu importe. C'est malsain de penser comme ça alors j'évite de le faire.

***

Parfois, mon cerveau me joue des enregistrements de sa voix. Je l'entend dans ma tête. Je vois sa face. J'entends les phrases qu'il disait. Sa manière de dire «bon». Ou «comment c'qui va?». Ou «prend soin de toi Francis.» Ou «ciao!». Il avait un beau sourire et beaucoup d'empathie.

Je vais m'ennuyer. C'est sûr.

***

Cette nouvelle arrive pour moi à un bien mauvais moment. J'ai eu une autre mauvaise nouvelle cette semaine, plus proche de moi et plus proche du cœur, qui m'a aussi causé une grande tristesse. Alors ouais, la semaine a été tough pour moi. J'ai pleuré pas mal. (Fun fact: saviez-vous que la reconnaissance vocale de Siri est assez bonne pour fonctionner même si on a la voix toute brisée?) J'ai encore les émotions instables, mais ça va beaucoup mieux. Y'a rien comme un gros drame pour te faire oublier tes autres petits drames. Et j'ai la chance d'avoir plusieurs personnes à qui parler de tout ça.

Et donc ce matin, en lien avec tout ça, mon jukebox mental m'a ressorti la chanson Silver Lining de First Aid Kit.

Lien Spotify, Apple Music.

J'ai voulu comprendre ce que les paroles voulais dire donc je suis allée chercher un peu sur Internet. Je suis tombé sur un texte qui analyse les paroles et c'était très beau. Je vous encourage vraiment à le lire (archive). C'est court.

En gros, la chanson parle de comment c'est difficile mais pas impossible de passer par dessus les épreuves de la vie, quand on pense que tout va mal. Comment il faut parfois trouver des gens qui vont nous aider à sortir de notre tourment, nous faire sortir de chez nous et nous faire passer un bon moment, pour faire oublier nos difficultés ne serait-ce que pendant un moment.

I don’t want to wait anymore
I’m tired of looking for answers
Take me some place where
There’s music and there’s laughter

J'aime comment la voix de la chanson mentionne qu'elle a des difficultés et, en parlant à une autre personne, demande de la rassurer, de lui montrer les bons côtés de la situation.

I've woken up in a hotel room, my worries as big as the moon
Having no idea who or what or where I am
Something good comes with the bad
A song's never just sad
There's hope, there's a silver lining
Show me my silver lining
Show me my silver lining

Si vous voulez en lire plus, je vous encourage vraiment à aller lire la petite analyse des paroles (archive). C'est très touchant.

***

La première fois que j'ai entendu cette chanson, c'était dans le générique de fin du dernier épisode de Tales from the Borderlands. La musique, qui oscille entre tristesse, espoir et mélancolie, donnait un bon ton à la fin de cette série. (Le jeu est vraiment bon en passant. Vous devriez y jouer!)

Mon ami Fred, comme tout être humain, oscillait lui aussi entre beaucoup d'émotions. Je vais m'ennuyer de toi, Fred.

There's hope, there's Silvergunn.

Solitude, par Kurzgesagt

Comme l'a dit ma sœur: "doux jésus! Tu veux vraiment qu'on écoute cette vidéo là!! Tu l'as partagée partout!!"

Oui. Je pense que je connais beaucoup de gens qui vont se reconnaître comme moi dans la vidéo, donc si ça peut les aider un peu, tant mieux.

Ma chaîne préférée, Kurzgesagt - In a nutshell, a de nouveau frappé un grand coup en s'attaquant à quelque chose que tout le monde ressent mais que personne semble avoir les mots pour décrire

Ça parle du concept de solitude comme un des principaux maux qui nous affligent, nous qui vivons à l'ère moderne avec nos téléphones et nos facebook. Ils mettent des mots sur des concept flous qu'on a tous un jour ressenti sans savoir c'était quoi. Ils expliquent sans jugement, en disant que tout le monde est pogné avec ça. Et donnent quelques trucs pour briser le cercle vicieux.

About loneliness, by Kurzgesagt

Je reconnais beaucoup de gens que je connais dans cette vidéo. Je me reconnais aussi moi par moment. Je reconnais les patterns et les sentiments que ça cause. Je n'avais juste pas de mots pour le décrire clairement.

Bref la vidéo arrive au bon moment pour m'encourager dans mon désir de déconnecter de facebook et twitter pour mieux connecter avec les gens.

Petite célébration

Ce matin je célèbre une petite victoire.

Ça fait 2 mois que je me réveille plusieurs heures trop tôt et que je suis incapable de me rendormir. Après 2 mois de ça, laissez moi vous dire que ça ruine vos journée et votre humeur. Ça devient impossible de se concentrer au travail. c'est un nuage fatal d'idées poches qui vous suit partout.

Mais ça change tranquillement. Aujourd'hui, c'est genre la 2ème fois cette semaine que j'ai réussi à me rendormir quand ça arrive. Ça a l'air niaiseux de même mais pour moi en ce moment, c'est gros. Chaque fois, ça demande efforts et concentration. Gérer ses émotions, son niveau d'excitation, d'anticipation, de stress. Méditer sans être distrait. Faire des exercices de respiration. Souvent ça marche pas. C'est pas facile, surtout que j'ai zéro expérience là dedans vu que j'ai toujours dormi très bien dans ma vie avant ça.

Donc c'est ça. Ce matin, je célèbre ma petite victoire.

Fun fact: la première fois que je me suis rendormi, j'ai rêvé… que je faisais de l'insomnie! Hehe, ouain. Pas idéal, mais au moins je dormais donc c'est bien.

Current mood:

Metamorphosis: Always Been But Never Dreamed (Tetris Effect)

Still Alive (Mirror's Edge)

Current mood:
Mirror's Edge: Still Alive

Aujourd'hui j'ai eu à faire quelque chose qui m'a demandé bien du courage. Mais c'était quelque chose qu'il fallait absolument faire sans tarder, autant pour ma propre sanité que pour le bien être d'une autre personne.

Et comme toutes les choses difficiles qui demandent beaucoup de courage, ça n'a pas été facile. C'était messy et confus et bizarre. Mais ça a somme toute bien été je pense. Même si le résultat n'a pas été celui que j'espérais.

Parce qu'en fait, le résultat a été bien mieux que j'espérais? Je pense? Les apprentissages ont été nombreux. Je n'ai rien perdu. (j'espère?) J'en sors plus fort et résistant. Et stable.

***

La tune Still Alive tirée de la soundtrack de Mirror's Edge m'est venu en tête aujourd'hui. J'ai pas trop écouté les paroles, mais le petit peu que j'ai compris, ça parle justement de ça. Ce qui est difficile mais ne nous tue pas nous rend plus fort.

I have changed.
I'm still alive.
And I cannot apologize, no.

I've learned to lose
I've learned to win
I've turned my face against the wind

I'm still alive.
I'm still alive.

And I cannot apologize, no.

***

Bon. Sur ce je m'en vais appeler ma mère, qui mérite fort bien des appels de son fils ingrat qui l'appelle jamais!

Et ensuite, quel luxe, il y a un nouveau vidéo de Wintergatan qui vient de sortir! Wintergatan, c'est tellement le meilleur canal YouTube pour être à la fois inspiré, énergisé, relaxé et toutes les autres choses qui font du bien dans la vie.

Je vais écouter ça bien tranquille et peut-être même me coucher tôt? Quel luxe!

C'est important de prendre soin de soi. Prenez soin de vous!

Discours inspirant de Ira Glass

Durant un discours donné à une cérémonie de graduation à l'université, Ira Glass, animateur de mon podcast préféré This American Life, mentionne Roman Mars, animateur de mon autre podcast préféré* 99% Invisible. Comme quoi les gens intéressants sont vraiment bons pour se repérer entres eux.

*Note: Oui, j'ai beaucoup de podcasts préférés.

Son discours est vraiment intéressant. Il place en mots ce qu'il fait chaque semaine à son émission. Il réussit même à expliquer pourquoi This American Life a un je-ne-sais-quoi de spécial qui fait qu'on a beaucoup de difficulté à expliquer le concept de l'émission à nos amis. Mais c'est pourtant si simple: c'est comme un reportage ou un documentaire, mais qui se concentre davantage sur les êtres humains que sur la nouvelle elle-même.

Et chaque fois qu'il dit le mot "tape". Genre "and they got it on tape".... Ooooh shiiiiit! Ça me donne des frissons dans la nuque!

Sa vision de la radio et des reportages, c'est exactement ce que je veux entendre et voir quand je vois un reportage. Regarder les nouvelles à la télé après avoir écouté son émission, on se rend compte à quel point c'est PLATE! La structure des reportages à la télé est trop formatée. Trop toujours pareil. Trop dénué d'émotions. Alors que c'est pourtant exactement ce qui fait que n'importe quelle histoire est intéressante: les émotions. L'évolution des personnages. Ou leur non-évolution. Les efforts qu'ils doivent déployer. Et leurs réactions et leurs sentiments face à tout ça. C'est ça qu'on veut voir!

Je suis complètement incapable d'écouter les nouvelles à la radio ou à la télé à cause de ça. C'est comme essayer de retourner dans un monde gris après qu'on a découvert que le monde est en couleur.

* * *

Si ça vous intéresse d'écouter les émissions qu'il mentionne, j'ai retrouvé pour vous l'épisode sur les intestins de porc vendu comme calmars et les épisodes avec les jeunes de l'école secondaire (partie 1 et partie 2)

Le nouveau drame: Dancing On My Own (Robyn)

Ça c'est le premier clip de Robyn que j'ai vu. Il est bon hein? Non? Vous n'êtes pas d'accord? Vous le trouver un peu... bizarre? Un peu ridicule? Ouais... Moi aussi je pensais ça au début. Mais plus maintenant.

La première fois que j'ai entendu une tune de Robyn, c'était quand j'ai travaillé un mois chez Ludia. Ma boss partageait sa librairie iTunes sur le réseau et foutu qu'elle avait de la bonne musique! J'était tombé sur Robyn par hasard et j'ai accroché tout de suite.

J'ai dû écouté ses albums Body Talk part 1 et 2 une bonne dizaine de fois avant d'aller la chercher sur Youtube. Je voulais voir de quoi elle avait l'air. Avec sa voix aigüe de gamine et avec la toute petite photo de la pochette d'album qui venait avec les mp3, je lui donnait quoi... 16 ans? 18? Peut-être 23 ans gros max.

La première fois que je l'ai vu dans ce clip, j'ai évidemment réalisé qu'elle était pas mal plus vieille que ça. Et ça fait un choc! C'est clairement pas une petite poupounne photoshoppée comme on en voit par dizaine à Musique Plus. Elle a de l'âge. Et en cet époque de chanteuses pop de 20 ans, quand t'es rendu à 32 ans, t'es complètement out, dépassée et on veut pu te voir parce que t'es vieille et laide. (J'exagère à peine, vous le savez bien! L'industrie pense comme ça en tout cas.)

Et sa manière de danser. C'est quoi cette façon de danser là?! La première fois que j'ai vu le clip, j'avais l'impression d'un petit clip à petit budget. Elle dansait toute seule dans une grande pièce en regardant la caméra. J'avais l'impression qu'ils n'avaient pas eu de budget pour engager des figurants et des danseurs pour l'accompagné. Sérieux, c'est quoi ce clip weird?!?

Ça c'est ce que je me disais la première fois que je l'ai vu. Mais vous le savez, ils ne faut pas se fier aux appararences. Une fois la surprise passée, on comprend que c'est en fait un choix artistique. Je veux dire, si vous portez attention aux paroles, c'est exactement ça que ça dit: "dancin on my own". Elle est allé à un party, elle avait un oeil sur un gars, le gars l'ignore, le gars embrasse une autre fille. Fuck! Pis la elle est triste. Elle est triste et elle pleure peut-être intérieurement, mais bordel, si c'est le cas, elle va certainement pas le laisser paraître. Faque elle continue de danser toute seule comme si de rien était.

C'est donc ça que le clip montre. Les plans alternent entre elle dans un party bondé de gens, qui observe le gars, et des plans où elle dans un genre de studio blanc tout éclairé, mais surtout désert. D'un côté, on a la réalité, le moment où elle est dans le party avec les gens, et de l'autre, on a ce qui se passe dans sa tête, mataphoriquement, avec elle qui danse seule dans cette salle vide. "So far away but still so near". L'éclairage est d'ailleurs grandement utilisé pour donner le ton aux 2 environnements. Dans le party, c'est un éclairage sombre, très tamisé, où on ne voit que les silhouettes. De l'autre, on a un éclairage en high key, tout blanc. Frontal. Cru. C'est le genre d'éclairage utilisé en comédie. Parce que c'est tellement brut comme lumière, tellement peu flatteur, que tu as automatique l'air un peu moche et ridicule. Et elle a vraiment l'air ridicule à danser ainsi toute seule dans cette pièce vide! C'est presque aussi grossier que la petite chorégraphie du Star Wars Kid.

Mais elle a du guts la fille. Elle s'en contrefout! Elle danse tout seule et elle a l'air ridicule, mais c'était nécessaire. C'est ce qu'il fallait pour faire passer le message artistique de la chanson. Et là, je parle pas de la fille dans la chanson. Je parle de la vraie Robyn, la chanteuse qui a physiquement dansé ainsi dans le vidéoclip. Ça prend du courage pour volontairement danser de façon un peu ridicule selon les standards. Ça prend du courage et beaucoup d'humilité pour avoir l'air ridicule. Et pas ridicule comme un show burlesque où c'est sarcastique d'avoir l'air ridicule! On parle du vrai ridicule qui est pathétique et désespéré. Celui qu'on ne veut pas voir. Celui qui nous fait détourner les yeux. Celui qui nous rend mal-à-l'aise. Celui qui nous gêne. Elle danse comme une déchaînée attachée et ligotée par ses sentiments: c'est pas tout de suite beau à voir, c'est sûr! Le genre de situation où, dans la vraie vie, tu t'en vas en disant «J'la connais pas!» Mais là, elle l'a fait. Elle a fait un clip où elle danse bizarrement, sans sarcasme, sans masque. Voilà. C'est comme ça. Si ça vous gêne, vous avez juste à vous en aller et à la laisser tranquille.

C'est ce que j'aime à propos de Robyn. Derrière la musique pop hyper accrocheuse et hyper dansante, il y a une maturité et une vulnérabilité qu'on ressent si on y prête attention. C'est pas juste de la petite musique pop de fillette de 18 ans, destinée à tourner à la radio pendant quelques mois et à être oublié ensuite. C'est quelque chose qui a été réfléchis, qui a mûrit et qui va rester mémorable. Dans le même genre, je pense un peu au récent album de Madonna, Confessions on a Dance Floor, où la musique électro-dance accrocheuse cache des textes profonds et personnels.

Est-ce que je trouve encore que Robyn a l'air ridicule à danser ainsi dans le clip? Non. Certainement pas. Je la trouve énergique, puissante. Si elle a l'air un peu pathétique, c'est parce qu'on sait qu'elle est remplie de tristesse et qu'elle ne veut pas le montrer. On voudrait aller la consoler. Lui dire que tout va s'arranger. C'est du drame puissant, ça! C'est du niveau des Tristant et Iseult et des Roméo et Juliette! C'est du drame aussi fort que ceux des grands classiques, mais ça se passe aujourd'hui. Vous l'avez peut-être vécu vous-même. Et, sur le coup, vous avez peut-être, vous aussi, fait des trucs un peu ridicule.

Pensez à ça avant de juger trop vite un clip que vous n'aimez pas parce que «la danseuse a l'air conne». C'est peut-être juste un choix artistique.

* * *

Mais fille, pourquoi t'es allé à un party toute seule? Ça doit ben être la chose la plus plate au monde! C'était ben courir après le trouble!

Le lointain et le rapproché

Devant la grandeur si terrifiante, j'ai le vertige. Je suis cloué au sol et béat. Cette musique est si grande, si grande. Cette musique provient de loin. Cette musique est vaste. Elle arrive d'un endroit si vaste et grand, c'est étourdissant! Il y a quelque chose d'ouvert dans cet univers et quelque chose de clos. C'est tellement loin et proche en même temps. Je ne peux le voir mais je l'entends.

Je ne suis plus là où je suis.

Inspiré par la musique de Kyle Gabler (World of Goo). Il faut prendre le temps de vivre ça dans sa vie.

Anne of Green Gables

Tantôt, j'ai fini de «lire» Anne of Green Gables. Je mets «lire» entre guillemets parce que je n'ai en fait pas lu un seul mot. Plutôt, je me suis fait raconter l'histoire. Une dame avec une belle voix m'a lu l'histoire comme ma mère faisait quand j'étais jeune, quand elle me lisait des histoires avant de dormir.

Je le dis d'emblée, je suis tombé en amour avec les livres audios. Ce fut tellement plaisant de me faire raconter cette histoire. Je l'écoutais dans l'autobus, je l'écoutais en mangeant quand j'étais tout seul, je l'écoutais en marchant, je l'écoutais en traversant le pont à pied la nuit quand je revenais trop tard avec les autobus de nuit. Ça fait maintenant presque un an que j'ai commencé le livre. Je l'ai vraiment lu lentement, en prenant mon temps. Aucune presse.

Mais même après tout ce temps, je me rappelle encore comment ça a commencé. J'étais dans l'autobus qui m'amenait à ma job. Ça faisait longtemps que les 3 premiers chapitres de Anne of Green Gables traînaient dans mon iPod mais je n'avais jamais eu envie de les commencer. J'appréhendais un peu que ça allait être plate. Je préférais toujours écouter un de mes centaines de podcasts de jeux vidéo à la place. Ce matin-là, j'avais oublié de synchroniser mon iPod depuis longtemps et il ne me restait rien à écouter. J'ai donc lancé la lecture du premier chapitre.

Ça n'a pas pris 2 minutes que déjà j'avais un sourire dans la face. C'est tellement une histoire calme et sympathique. Quand l'auteur commence en racontant comment le bonhomme Mathiew, calme, silencieux et introverti, est parti à la gare pour aller chercher le garçon qu'ils ont adopté. Dès le début, quand il n'ose pas dire à Anne qu'il y a eu une erreur et qu'ils ne voulaient pas de fille, on ressent déjà l'inquiétude qui précède le drame, le genre de petits drames qui peuplent le livre entier. Mais le début est tellement bucolique, quand Anne se met à décrire le paysage, qu'on oublie tous les problèmes et qu'on tombe sous le charme d'Anne qui n'arrête pas de parler!

Ce qui est bien avec les livres audio, c'est que ça ne demande pas beaucoup d'efforts. D'habitude, je n'aime pas trop lire des grandes séquences de description où l'auteur décrit la nature et la beauté du paysage. Après 2-3 phrases, on a compris le principe et on est prêt à passer à autre chose. Sauf qu'ici, c'est une histoire racontée. Même si y'a un bout de description moins intéressant ou même si Anne est encore en train de nous faire un de ses mégas-monologues interminables, on s'en fout. Au pire, je tombais vaguement dans la Lune. Quand je lis des livres papiers, ça m'arrive aussi parfois. Sauf que quand je suis dans la Lune, je fais juste relire la même phrase 300 fois en boucle. Je reste bloqué dans un bout plate. On n'a pas ce problème avec les livres audio. Quoiqu'il arrive, on continue (à moins qu'on recule un peu la lecture si on a vraiment manqué un bout). En fait, ça ressemble beaucoup plus à un visionnement de film plutôt qu'à de la lecture de livre. Pour les paresseux comme moi, c'est l'idéal!

Si vous voulez écouter Anne of Green Gables vous aussi, vous pouvez télécharger les 38 chapitres gratuitement en mp3. c'est plus facile de le faire avec iTunes (parce que ça synchronise tout seul avec votre iPod) mais vous pouvez le faire manuellement aussi. Il y a aussi beaucoup d'autres livres disponibles, la grande majorité étant des classiques de la littérature. Vous pouvez trouver tout ça sur le site de lit2go, un projet universitaire de l'université de South Florida.