Rien n'est oublié

Nothing is Forgotten est une petite histoire racontée en image sans une seule ligne de texte. Un petit garçon est triste après la mort de son père et va se perdre dans la forêt près de chez lui. Il va y faire une surprenante rencontre qui n'est pas sans rappeler le film Le Labyrinthe de Pan, un film que j'avais beaucoup aimé par la manière dont sont intégrés les éléments fantastiques.

Vous pouvez lire l'histoire sur le blogue de son auteur: ryan a. Il suffit de suivre les liens pour avancer d'une page à l'autre.

Ce que j'ai aimé particulièrement en lisant Nothing is Forgotten, c'est que l'histoire est très courte (ça se lit en 10 minutes) mais est néanmoins très remplie. Dès le début, je pensais savoir où l'histoire se dirigeait mais à chaque page, un petit rebondissement inattendu amenait la situation dans une autre direction. Et comme le récit n'est pas ralenti par des dialogues, le tout file à toute vitesse, au rythme de votre défilement de souris dans la page.

Détail intéressant, le tout se lis très bien sur un iPhone ou iPod Touch. J'ai déjà essayé de lire des BD et des webcomics sur iPod et c'est toujours compliqué. Cette fois, on n'a qu'à défiler comme n'importe quelle page web. C'est aisé et la rapidité de l'histoire fait en sorte que c'est le médium et le récit s'agencent parfaitement. Allez lire ça!

Merci @BenJelter pour avoir partagé cette trouvaille sur Twitter. Ben Jelter est l'auteur d'une excellente BD, The Tumor, qui a le même style et la même manière de raconter les histoires. The Tumor est un de mes coup de coeur BD de l'an passé.

Réutiliser Heavy Rain? Mais quelle bonne idée!

J'ai entendu dire que le moteur graphique du jeu Heavy Rain allait être licencié pour permettre à d'autre gens d'écrire d'autres histoires. Je sais pas si c'est vrai, mais c'est une foutue de bonne idée! La force de Heavy Rain, ce n'était pas vraiment son moteur de jeu (qui a quelques petits bugs fatiguants); c'était son histoire.

(Petite parenthèse pour ceux qui ne connaissent pas Heavy Rain. Il s'agit d'un jeu pour PS3 où l'histoire occupe la principale partie. Le jeu est construit de façon à ce que les choix du joueur influencent l'histoire. Certains choix changent peu de chose, mais d'autres influencent de façon majeure le déroulement du jeu. À part ça, le joueur n'a pas grand chose à faire. Il parle aux gens et contrôle les conversations. Parfois, il y a des quick time events pour les séquences avec plus d'actions. En général, le jeu reste très cinématographique à tout moment dans sa façon de bouger la caméra. David Cage, le réalisateur du jeu, voulait faire un jeu qui soit très cinématographique et où le joueur s'attache vraiment aux personnages, tout en ayant la possibilité de contrôler l'histoire. [Plus d'infos] Fin de la petite parenthèse.)

Mais une histoire ne plait pas nécessairement à tout le monde. L'histoire de Heavy Rain ressemble beaucoup à celle de Indigo Prophecy, le jeu précédent du studio Quantum Dream. Ça commence comme un thiller policier, y'a des meurtres, y'a un gars qui se fait faussement accuser, mais tranquillement, ça vire en paranormal. On voit des médiums, des prophéties, des gens qui se font hypnotiser, des fantômes et même des extra-terrestres! Je ne m'attendait pas à ça. Quand j'ai joué à Indigo Phophecy, je m'attendais à un thiller, pas à un épisode de X-File. Je suis resté un peu surpris. J'aurais probablement préféré une histoire plus réaliste, sans paranormal.

L'histoire de Indigo Prophecy est un thriller fantastique. Ce genre d'histoire ne plaît pas toujours à tout le monde. Il y a des gens qui préfèrent les histoires de chevaliers et d'elfes. Il y a des gens qui préfèrent la science fiction. Imaginez qu'on donnait le moteur graphique de Heavy Rain à d'autres studios pour produire des histoires de moyen-âge ou de science-fiction. Imaginez qu'on le donne à Kojima (série Metal Gear Solid). Imaginez qu'on le donne à Tim Schafer (Psychonauts, Grim Fandango, Monkey Island). Imaginez qu'on le donne à Shigesato Itoi (Earthbound, Mother 3). Ces gens là font des jeux vraiment cools où l'histoire a une partie importante. S'ils pouvaient se concentrer plus sur l'histoire et moins sur le moteur, ça leur ferait économiser du temps et ils pourraient sans doute produire quelque chose d'intéressant. Les réalisateurs de films ne réinventent pas leur caméra à chaque films. Pourquoi les réalisateurs de jeux devraient faire ça?

Parlant de réalisateurs de film, on pourrait leur donner le moteur de Heavy Rain à eux aussi. Vous imaginez un jeu qui serait réalisé par les frères Coen? Par Tim Burton? Par James Cameron, David Lynch ou Kubrick ou Tarantino? Ça serait une drôlement bonne idée je trouve. (Évidemment, ces réalisateurs ne feront probablement jamais ça, convaincus comme ils sont que les jeux vidéos sont un sous-médium qui ne méritent pas qu'ils détournent leur attention de leur cinéma chéri. Mais ça c'est une autre histoire).

Une autre idée géniale: on pourrait aller chercher les scénaristes de télé-séries et de télé-romans. Ces gens-là sont habitués de constamment revoir leurs personnages et leur histoire de façon à conserver l'intérêt des spectateurs après des centaines d'épisodes. Pour faire un jeu à-la-Heavy Rain, où l'histoire se transforme au fil des décisions du joueur, ça serait parfait. En plus, c'est le genre de truc qui pourrait intéresser les non-joueurs. Tous les téléspectateurs qui écoutent Virginie seraient probablement intéressés à jouer à un jeu qui raconte des histoires similaires et où ils pourraient contrôler l'action un peu. Évidemment, il faudrait probablement enlever ou simplifier les séquences d'actions, mais ça serait adaptable.

Le moteur de jeu de Heavy Rain a beaucoup de potentiel. Jusqu'à maintenant, il a servit à raconter une seule histoire. Ce serait vraiment bien s'il pouvait être réutilisé pour raconter d'autres histoires. David Cage a dit en entrevue qu'il était intéressé à faire d'autres épisodes plus petits. Il a aussi dit qu'il voulait licencier le moteur du jeu pour permettre à d'autres studios de faire d'autre jeux avec. J'ai vraiment hâte de voir ce que ça va donner.

Petite note: J'ai joué et terminé Indigo Prophecy mais je n'ai pas encore joué à Heavy Rain. J'en ai beaucoup entendu parlé donc je sais de quoi je parle, mais j'ai quand même pu me tromper sur certains détails. Vous devriez me corriger dans les commentaires si c'est le cas.

Stimuler la créativité et optimiser son temps: Deux textes à lire!

C'est très difficile d'être productif dans un domaine artistique. Il faut stimuler l'inspiration et la créativité et ça, ce n'est pas facile. Voici deux textes qui peuvent vous aider dans ce domaine.

Making games faster
Puisque les journées n'ont pas une durée infinie, il faut savoir organiser son temps. Ou plutôt, il faut apprendre à ne pas perdre du temps. Malheureusement, l'internet est une grande source de distraction et c'est sans compter les contre-temps et empêchements au bureau (réunions, appels téléphoniques, etc.) qui viennent nous distraire encore plus. Heureusement, il existe des solutions et ce n'est pas aussi compliqué qu'on pourrait le croire. Il s'agit simplement de prendre quelques bonnes habitudes. Le texte parle d'un studio de jeux vidéos qui a réussi à faire beaucoup plus, tout en réduisant les heures de travail de ses employés. Ça parle de jeux vidéos, mais vraiment, ça pourrait s'appliquer à n'importe quelle entreprise où la créativité est importante.

The first part of their theory is that we really only get about 2 hours of seriously focused, amazing-quality work per day--if we're lucky. There are so many distractions and blockers, so many times when you're too tired or hungry or upset about something, or whatever. Knowledge work, as it's called, is the type of thing where you could spend 20 hours on a problem and not solve it, but just *one* hour of your fully charged genius-time could solve it.

http://www.sirlin.net/blog/2009/11/5/making-games-faster.html

Less talk, More rock!
Ensuite, un autre texte qui parle de comment faire des bons jeux, avec du bon game design. Un des problèmes qu'on peut avoir quand on a un éclair de génie, c'est qu'il faut l'expliquer en mot. Or, il y a des choses qui s'expriment que très difficilement en mots:: les émotions et les sentiments par exemple. Malheureusement, de plus en plus, les studios de jeux accordent trop d'importance aux mots. Ils veulent faire des jeux qui vont plaire à leur public cible, même lorsque le public cible ne sait pas vraiment ce qu'il veut. L'auteur parle aussi de comment la surabondance de mots dans un jeu (en dialogues, en texte écrit ou en tutoriels interminables) vient nuire aux émotions que le joueur pourrait ressentir.

Go right from the inspiration -- the vision -- to actually making it. Don't think it through. Don't talk about it. Don't plan it. Dive in and start making it happen. If you do that -- if you can start rocking -- you'll get some momentum, and when you have some momentum then the project has a chance, because now you're into it. It's going somewhere, it's tangible. Sure, you'll still run up against problems to solve and decisions to make, but you'll approach these in the moment and solve them in the moment.

http://www.boingboing.net/features/morerock.html

S'il y en a parmi mes lecteurs qui s'intéressent au design de jeux, vous devriez absolument lire ces 2 textes. Si vous êtes un artiste dans un autre domaine, vous devriez aussi les lire, mais vous devrez faire l'effort de transposer les notions vers votre domaine.

Bonne lecture!

Git Gob - Un vidéo qui va changer votre vie!

Tout simplement le vidéo le plus incroyable que vous allez voir dans votre vie. Sérieux, ça a changé toute ma façon de voir les objets qui m'entourent. Des grands chef-d'oeuvres du cinéma ne m'ont pas autant bouleversé que ce tout petit film d'animation d'une minute! C'est incroyable!

https://www.onf.ca/selections/hothouse_fr/lecture/#44

À chaque fois que je l'écoute, ça me donne des frissons! Surtout la musique à la fin.

Quand tu tournes dans une bretelle d'autoroute, tu arrives presque à sentir la Terre qui tourne aussi, beaucoup plus vite que toi.

L'autre jour, j'étais dans l'auto à Blob. Il me faisait un lift et on s'en allait à une réunion pour Kyowa Québec je pense. Ou peut-être que c'était le jeudi matin quand on allait à l'université. Blob me faisait tout le temps un lift le jeudi matin parce qu'il est gentil et surtout parce qu'il devait lui-même monter à l'école tout seul et donc c'est moins pénible et ennuyeux pour lui s'il a de la compagnie dans l'auto.

Il me faisait entendre une tune. Je ne me rappelle plus pentoute c'était quoi la tune mais je me rappelle que c'était bon. C'était une bonne tune et on l'a écouté en silence, pendant qu'on roulait sur la bretelle de la route qui tourne et tourne pour nous mener à l'autoroute. Dans mon souvenir, j'ai eu l'impression qu'on a tourné vraiment longtemps pendant qu'on écoutait la tune. Et soudain, ça m'a frappé. Je ne l'ai pas dit à Blob tout de suite. J'ai attendu que la tune soit finie et je continuais à profiter du moment. Je profitais de ma nouvelle découverte. Et quand la tune a été finie, j'ai partagé ma découverte avec Blob. Je lui ai dit : « Je sais pas si tu te rend compte, mais moi je viens d'avoir une révélation. Ça m'a frappé pendant qu'on écoutait la tune et qu'on tournait dans la bretelle d'autoroute. (pause dramatique) Foutu qu'on est chanceux d'être en vie! ». (Ça c'est bien moi. Quand je dit quelque chose, il faut toujours que je tourne autour du pot super longtemps et que je mettes des pauses dramatiques.)

Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé ça à ce moment là. J'étais juste très content d'être en vie, pour avoir eu la chance de vivre ce moment là, la chance d'avoir pu viré dans cette super longue courbe d'autoroute qui a durée aussi longtemps que les 3-4 minutes de la tune. J'étais reconnaissant envers les aventures quotidiennes que j'ai vécues avec mes amis, même s'il n'y a rien de très aventureux là-dedans. J'étais juste content d'avoir eu cette réalisation et sur le coup, j'espérait pouvoir m'en rappeler à chaque jours de ma vie, pour avoir quelque chose à quoi me rattacher lorsque ça va mal.

Le problème, c'est que je viens de me rendre compte que j'avais oublié. Cet événement s'est passé il y a genre 2 mois et je l'avais oublié. Heureusement, je viens d'y penser tantôt, en contemplant quelque chose...

Quand la Terre tourne, si on tourne dans une bretelle d'autoroute au même moment, peut-être qu'on peut arriver à ressentir un petit peu de la rotation de la Terre, rotation qu'on ne ressent pas autrement dans le quotidien. Le monde tourne et recommence constamment dans un grand tournis quotidien et répétitif, mais moi je n'ai pas eu de répétition de ma révélation. Je voulais ressentir l'exaltation d'être en vie se faire répéter à chaque jour mais ça fait 2 mois et j'avais complètement oublié.

En regardant la dernière création de Zviane, I feel the Earth move, inspirée d'une musique-opéra de Philip Glass, je pensais à tout ça, pendant que ça se répétait sans cesse.

La session prochaine, je ne sais pas encore si je vais avoir un horaire intéressant avec des cours simultanément à ceux de Blob pour qu'il me fasse d'autres lifts. J'espère que je vais avoir d'autres jeudis matin et d'autres réunions de Kyowa pour qu'il m'amène dans d'autres courbes et d'autres autoroutes. J'espère que je vais continuer à être heureux de vivre. Et j'espère surtout que je vais m'en rendre compte plus souvent qu'une fois par 2 mois.

D'une certaine façon, c'est mon souhait et ma résolution pour 2010.

Un peu déçu quand même

Avez vous déjà été déçu d'une de vos idoles? Disons que vous avez un acteur/chanteur/artiste que vous respectez beaucoup. Il a toujours été à la hauteur, toujours incroyable, c'est pour ça que vous le respectez. Sauf que là, il vient de faire un truc bizarre, un truc moins cool, un truc que ce n'est pas son genre. Oh, vous continuez de le respecter quand même beaucoup, sauf peut-être qu'il vient de perdre son statut de "divinité" dans votre opinion.

C'est sensiblement ce qui vient de m'arriver avec une artiste BDiste que je respectais beaucoup. Je suis un fan assidu de son blogue, que je vais lire au moins une fois par semaine. Récemment, elle m'a profondément touché en publiant une série d'image et de texte à propos de la dépression. Je ne suis pas totalement sûr, mais je pense que c'est des trucs qu'elle a vécus. Ça semblait trop réel et personnel pour avoir été inventé.

Ça m'a touché pour deux raisons. D'abord, parce qu'elle a vraiment bien cerné le concept de la dépression. Je me suis reconnus dans plusieurs dessins genre. La deuxième raison, c'est que j'admirais son audace, son guts d'avoir mis ça sur son blogue. Moi quand j'ai des trucs tristes dans la tête, ou même juste des émotions fortes en général, je suis pas mal incapable d'en parler ouvertement. J'ai toujours de grandes hésitations à publier ça dans mon blogue ou même d'en parler à des amis. Y'a des chanteurs qui arrivent à composer des paroles très personnelles dans leurs chansons mais moi j'en suis bien incapable. Je suis trop gêné genre.

J'admire toujours ceux qui ont de l'audace, qui arrivent à surmonter leur gêne. Ils ont réussi là où j'ai échoué et ça m'impressionne alors je les trouve hot. C'est pour ça que j'admirais le courage que la fille a eu de mettre ces dessins-là et ces textes-là sur son blogue.

Or..... tout est disparu. Je suis allé l'autre jour et tout a été enlevé. Tous les dessins et texte dans sa "série" sur la déprime ont été retirés. J'ignore totalement pourquoi. J'essaye de comprendre, j'ai bien quelques hypothèses, mais en fait je n'en sais rien. Par contre, je suis un peu déçu. J'ai l'impression qu'elle a tout enlevé parce qu'elle en a eu honte. Exactement comme moi qui n'arrive pas à publier mes trucs trop personnels. Donc ouais, je suis un peu déçu de sa réaction mais je ne vais pas cesser pour autant d'admirer le travail de Zvianne et de lire son blogue avec assiduité.

Par contre, ça m'a donné le courage nécessaire de publier certains trucs. Je vais y aller tranquillement et on verra bien ce que ça va donner.

Source de l'image ci-haut : Zviane.

Update:: Il semblerait que je ne me suis pas trompé. C'est peut-être même pire que je pensais.

Update 2:: Aaaah! Je comprends! Elle a tout retiré parce qu'elle le vend maintenant en livre! Ça a ben de l'allure finalement! Je retire tout ce que j'ai dit plus haut.

La tristesse d'un déphasage

J'ai écouté l'autre jour une musique vraiment triste. C'était une composition de Philip Glass joué par la violoniste Angèle Dubeau. À un certain moment, la musique s'est dépouillée et ralentie pour ne devenir qu'un long accord de violons. Plusieurs violons qui jouaient des notes longues pour former des accords mineurs. Je ne sais pas combien de violons exactement. Je dirais peut-être 5. Chacun jouait sa note longue. Sauf que l'idée, c'était de faire changer de note un seul des violons pour lui faire jouer une note différentes et former un nouvel accord. Mais ce nouvel accord était vraiment triste par rapport aux précédents. Et ensuite, le violon changeait encore de note pour former encore un nouvel accord encore plus triste.

Ce violon là était le seul à changer de note. Les autres continuaient à jouer comme si de rien était. On a donc un groupe de 5 violons qui jouent à l'unisson, mais un de ces violons n'est pas en phase avec le reste de groupe. Il change de note. Il ne fait que baisser d'un demi-ton et soudainement, l'accord du groupe est complètement changé, l'atmosphère devient triste. Et les autres violons n'ont pas l'air de le remarquer du tout.

Cet individu, parce qu'il est différent du groupe et qu'il joue quelque chose de différent de ce que les autres s'attendent, arrive à changer l'ambiance de la pièce musicale, du moins pour l'auditeur. Seul l'auditeur a l'air de remarquer que l'accord est changé puisque les autres violons continuent à jouer comme si de rien était. Ce violon là doit se sentir bien seul et bien différent des autres. Il pourrait choisir de revenir à l'union du groupe et continuer de jouer sa note initiale comme si de rien n'était mais il se sent différent et n'arrive pas à connecter avec le reste du groupe alors il change de note. Et seul un point de vue externe, celui de l'auditeur, arrive à s'en rendre compte.

Pour rendre ça plus concret, on pourrait imaginer une conversation de 5 personnes. Chacun discute et tout va bien. Mais viens un moment où une des personnes se rend compte qu'elle est déconnectée par rapport aux autres parce qu'elle se sent différente. Soudainement, elle prend de la distance. Tout lui semble insignifiant. Alors elle "change de note" comme le violon: elle se tait. Elle devient silencieuse, distraite ou rêveuse. Elle pense à autre chose, à comment elle se sent différente du groupe. Et les autres ne s'en rendent pas compte. Ils ne se rendent compte de rien et c'est ça qui est super triste. Si on imagine que cette scène serait filmée au cinéma, seul le spectateur pourrait remarquer que cette personne s'est tue (à condition bien sûr que la mise en scène nous le montre). Nous, en tant que spectateur qui assistent à cette scène, on est triste pour cette personne qui se sent différentes des autres, mais les autres personnages qui continuent de parler ne se rendent compte de rien.

*

Je suis en train de lire un livre de fourmis (Le jour des fourmis, de Bernard Werber). Il s'agit d'un livre de fiction où certains personnages sont des fourmis dans une fourmilière. Un peu comme dans le film Antz (Fourmiz) ou Bug's Life (Vie de Bestioles). À un moment, l'auteur décrit une sorte de maladie des fourmis. Il explique que les fourmis vivent habituellement en syncronisme avec les autres, avec la colonie. Le principe de l'individualité n'existe pas. Sauf que parfois, certaines fourmis sont atteintes d'un mal de vivre. Elle se sente différentes des autres fourmis. Elles se poses des questions sur leur raison de vivre. Un peu comme le spleen de Baudelaire. Parfois, c'est aussi simple que de se poser la question "est-ce que j'ai été atteinte par ce mal de vivre ou je suis encore saine d'esprit?". Ce qui est ironique, c'est qu'habituellement, juste le fait de se poser cette question est signe qu'on est déjà atteint. Sinon, les fourmis qui sont encore en harmonie avec le groupe n'ont même pas l'idée de se poser cette question.

Je trouve ça intéressant ce décalage qui existe entre les groupes et les individus qui le compose. Dans tout les cas, le groupe ne s'en rend pas compte. Il y a seulement deux personnes qui réalise qu'il y a un décalage : la personne concernée et le spectateur externe. Dans la musique de Philip Glass dont je parlais au début, tous les violons jouent ensemble pour former un accord mais un des individus se sent différents, joue une note différente et rend l'accord très triste (pour l'auditeur), sans que les autres violons ne modifient leur comportement. Dans mon exemple de scène de film, ça prend une mise en scène particulière pour que le spectateur le remarque. Et dans Le jour des fourmis, c'est l'auteur qui en parle (un narrateur externe et omniscient) parce que les autres fourmis de la fourmilière ne s'en rendent pas compte du tout.

*

En fait, si je raconte tout ça, c'est parce que parfois je me sens un peu comme ça. Je suis en groupe mais je me sens un peu décalé pour une raison quelconque. Alors je deviens silencieux et je fais juste écouter les autres parler. En fait, j'aime vraiment écouter les autres parler, c'est moins forçant et je n'ai pas à chercher quelque chose à dire. Sauf que c'est peut-être un peu triste, surtout quand on fini par se faire ignorer à cause de ça, même si on est quand même correct avec l'idée d'être ignoré. Après tout, si on ne veut pas parler, c'est donc qu'on veut être ignoré d'une certaine façon. Mais au fond de nous même, on se dit qu'on aimerait bien que quelqu'un le remarque et vienne nous parler.

Sauf que c'est vraiment pas brillant comme façon de faire! C'est même carrément paradoxal! Se faire remarquer en devenant silencieux, en s'effaçant du groupe. Quelle illogisme! Genre: «Hey, regardez-moi, je suis devenu silencieux et mélancolique. Venez m'aider!» Sauf que c'est vraiment pas brillant! Se taire pendant une conversation de groupe et espérer se faire remarquer ainsi, c'est pas logique. Normalement, les gens vont juste continuer à parler avec les gens qui veulent bien parler.

TK, je suis content d'avoir fait cette réflexion. Ça vient de me convaincre qu'il faut que j'arrête de faire ça. Je vais essayer de me resynchroniser avec les autres fourmis et les autres violons.

Les plans

J'avais lu un livre à propos de comment les humains font pour prévoir le futur. Le livre disait qu'on arrivait à anticiper l'avenir à l'aide de 2 trucs : les buts et les plans. Chaque personnes a plusieurs buts à atteindre. Par exemple, on peut avoir comme but de devenir riche et d'atteindre le bonheur mais aussi des plus petits buts comme réussir à se faire un café le matin sans s'endormir en chemin. Pour atteindre ces buts, on élabore des plans en découpant les tâches à accomplir en plus petits buts. Par exemple, on sait que pour faire un café, il faut d'abord sortir une tasse (ça c'est un sous-but), ou que pour devenir riche, il faut trouver un bon emplois(c'est un sous-but aussi). Avec une bonne anticipation et un bon plan, on peut réussir à réaliser nos buts. Ou nos rêves si vous préférez.
Autre exemple : durant une guerre. Chaque armée a un plan et c'est dans l'exécution de ce plan-là que la victoire pourra être atteinte. Rien n'empêche évidemment de changer le plan en cours de route. Un plan, c'est juste le parcours qu'on se fait dans notre tête pour prévoir l'avenir. Si le présent est changé (par exemple, si on n'a plus de munitions pour combattre) alors on change le plan pour en trouver un autre qui nous offre le plus de chance de succès. Ou le moins de pertes en vies humaines, si la situation devient désespérée.
Ainsi donc, c'est très normal de faire des plans. On en fait tout les jours sans même y penser. Même dans les relations humaines, on fait des plans. Si on veut se faire des nouveaux amis, on élabore des plans pour s'arranger pour être en contact avec beaucoup de gens. Si on veut récupérer une amitié perdue, on va faire un plan aussi, idéalement en s'arrangeant pour parler à la personne et peut-être en lui demandant pardon. Même chose si on veut avoir une augmentation de salaire : on va faire un plan pour s'arranger pour bien travailler efficacement sous l'oeil du boss pour ensuite faire paraître notre demande comme raisonnable.
Ce qu'on constate, c'est que les plans sont toujours quelque chose de personnel, et je dirais même d'égocentrique. Après tout, les plans qu'on élabore servent d'abord et avant tout à réaliser nos buts, c'est à dire nos désirs personnels.
Et c'est là le problème. Pour quelqu'un ayant un sens moral peut-être un peu trop extrême, ça devient carrément une mission impossible. Il y a des fois où j'ai l'impression d'être un chef militaire qui élabore un plan pour gagner une guerre. Sauf que moi, je veux pas gagner un territoire ou une possession, je veux juste gagner un peu de l'....................................... et ça s'adonne que c'est presque aussi difficile à obtenir, on dirait. J'essaye de me convaincre que c'est normal de devoir faire des plans pour ça, mais en même temps, je me sens mal de devoir faire tout ça. Je n'ai pas beaucoup l'esprit guerrier, ni l'esprit de compétition. Une guerre, c'est sale, c'est pas gentil. Et mon but n'est certainement pas aussi dévalorisant. On pourrait presque dire que c'est une noble cause. N'empêche, je m'en fais trop avec ça, comme d'habitude...

Mener le combat contre l'impatience, l'anxiété et l'inquiétude en général.

À chaque guerre, y'a une armée de jeunes hommes qui partent au front et une armée de mamans qui restent seules à la maison à s'inquiéter. Tant qu'elles reçoivent des lettres de leur fils ou de leur maris, elle sont rassurées. Même pas besoin de les lire en fait. Juste de savoir qu'ils écrivent chaque jour est rassurant. Tant qu'il y a de l'écrit, il y a de l'espoir!
Sauf qu'il peut arriver parfois un moment où les lettres cessent sans explications. Il peut y avoir plusieurs raisons. Peut-être que le jeune n'a plus le temps d'écrire parce qu'il est dans une bataille importante ou dans une situation complexe. Ou alors, peut-être que le service des postes est difficile parce que les routes sont coupées. Il n'y a pas vraiment de raison de s'inquiéter. Ce n'est pas dramatique et ça ne veut pas dire qu'il y a quelque chose de grave qui s'est arrivé.
Mais évidemment, ça ne sert à rien de dire ça. Il y a quand même une armée de femmes qui s'inquiètent toutes seules chez elles.

Précision scientifique et incertitude

La précision scientifique, c'est vraiment bien. Ça a l'avantage d'être ordonné, prévisible, organisé et clair.

L'incertitude quantique, ça c'est drôle. On n'y comprend rien mais c'est amusant parce qu'on peut s'imaginer que ça mène à la téléportation, au dédoublement et aux folies de la physique.
Mais l'incertitude de la vraie vie, ça c'est moins cool. Les émotions et toutes ces affaires-là, foutu que c'est compliqué!