Des nouvelles durant le confinement (jour 20-60) et quelques recommandations

Note: J’ai commencé à écrire ceci au jour 24. Je l’ai oublié, puis terminé au jour 63.

Allo les gens. Comment ça va durant l’apocalypse?

J’ai déjà parlé ici quelques fois du sentiment de solitude et d’isolation. Je pense qu’être au courant de ces choses là m’a rendu beaucoup plus robuste à la situation actuelle de coronavirus. Donc je vais bien. Et ma job nous ont tous gardé en télé-travail donc pas de problèmes d’argent. Au contraire, j’essaye d’être encore plus généreux que d’habitude sur Patreon (pour encourager les artistes et les gens cools!), et dans la vraie vie sur les trucs que j’achète près de chez nous (pour encourager les petits commerces!)

Aujourd’hui j’ai plusieurs petits bidules à partager:

Bidule #1 : Musique relax!

Je sais pas si vous avez vu mais Nine Inch Nails vient de sortir 2 albums complets gratuits. Y’en a un qui est super zen relax, parfait pour méditer ou travailler. Ça feel un peu Boards of Canada mais encore plus smooth. L’autre feel plutôt cataclysmique, très à propos dans la situation actuelle.

Les 2 sont téléchargeables sur leur site: https://www.nin.com. C’est aussi sur Apple Music et sur les autres services de musiques.

Oh pis ça n’a rien à voir avec le genre de musique qu’ils font d’habitude, faque même si vous les aimez pas d’habitude, checkez ça pareil 🙂

Bidule #2: Jitsi

Comme je disais au début, c’est important de pas rester tout seul. C’est pas parce qu’on peut pas sortir qu’on ne doit plus parler aux gens.

Avez ma famille et mes amis, on utilise beaucoup un service qui s’appelle Jitsi (aussi appelé Jitsi Meet).

C’est cool parce qu’on n’a pas besoin de se créer un compte et sur un ordi y’a rien à installer pour le faire marcher. Très utile pour vos amis qui ont tous des téléphones différents et des services de messagerie différents. Ça fonctionne aussi sur des vieux téléphones comme mon iPhone 5s ou le iPad4 de ma mère.

Et le mieux c’est que c’est gratuit et y’a pas de limite de temps. (La raison pourquoi c’est gratuit c’est que c’est open source et financé par une compagnie qui offre aussi des forfaits payants pour les entreprises.)

Donc plus d’excuses de ne pas voir vos amis et vos parents. C’est cool pour jaser ou faire des grimaces ou juste déjeuner ensemble chacun chez soi. Et contrairement à Zoom, y’a pas de danger que n’importe qui active votre webcam et micro n’importe quand.

Bidule #3: Le chateau de l’impossible

Des vidéos très très niaiseux de Paul Marie qui s’ennuie dans son chez-soi et qui s’invente un univers très particulier remplis de rose, de tisane et de cookies, mais en noir et blanc et avec de la musique de film d’horreur. C’est pas pour tout le monde, mais moi je trouve ça très drôle.

Le chateau de l’impossible sur youtube et Invidious.

Bidule #4: Tu Me Niaise

Si vous êtes fans du groupe légendaire rock humoristique Sèxe Illégal, sachez qu’ils ont commencé depuis quelques mois un podcast en compagnie de Jean-François Provençal (des Appendices). Initialement enregistré devant public dans un bar, confinement oblige, ils ont changé leur approche depuis 2 mois. Ils font maintenant ça par appels vidéos, mais autrement la formule est la même.

Si vous connaissez Sèxe Illégal, peut-être que vous allez vous attendre à un certain style (humour absurde et rock), mais dans leur podcast, ils mettent de côté les personnages et ont se rend compte que ces 2 (3) gars là sont vraiment très très humains. Ils parlent de leurs émotions, de féminisme, de santé mentale, de comment c’est dur d’être humoristes indépendants au Québec quand les médias veulent juste couvrir les super-productions, de sumo et milles autres trucs. Leurs amis invités sont aussi très cools (ils m’ont fait découvrir la rafraîchissante Catherine Éthier et je suis super fan depuis!!)

Honnêtement, cette liste de sujets ne m’aurait personnellement jamais intéressés, mais les 3 gars sont finalement très attachants et je suis rendu méga-fan!

Tu Me Niaise, sur la chaine Youtube de Sèxe Illégal et sur Invidious. Ils ont aussi un Patreon pour avoir accès aux vidéos en différé et beaucoup de bonus.

Bon confinement à tous! Profitez-en! On ne revivra jamais un truc aussi bizarre!

Explorer sa rage en écoutant Anna Meredith très fort

Ma psy m’a appris l’importance de s’avouer nos propres sentiments. De pas les renier. De plutôt les observer avec curiosité. D’en prendre note. De les explorer. Des fois je fais ça dans ma tête, des fois je le fais par écrit ici, d’autre fois je le fais dans mes notes personnelles.

Depuis 2 semaines, je suis en amour avec la musique bizarre, intense et expérimentale de Anna Meredith. C’est le genre de musique qu’on adore ou qu’on déteste. Personnellement, j’adore!

La première fois que j’ai découvert sa musique, c’était en cherchant de la musique électro, dance ou techno trance composée par des femmes. (parce que, soyons honnêtes, c’est un genre de musique beaucoup trop dominé par des dudes qui font des tunes avec des paroles ou des images sexistes). Et donc je tombe sur une liste avec diverses suggestions de musique électro par des compositrices et je tombe sur Anna Maridith.

La première chose chose que j’ai entendu d’elle, c’était sa pièce Nautilus:

Inutile de dire que ça ma reviré tout croche. Je ne savais pas trop quoi en penser, mais j’étais définitivement curieux. Deux ans plus tard, je suis retombé dessus dans ma librairie et une fois la surprise initiale passée, j’ai vraiment accroché! Je connais rien qui sonne comme ça. Et j’adore!

Continuer la lecture de « Explorer sa rage en écoutant Anna Meredith très fort »

Mon ami Fred, qui voyait les beaux côtés — Silver Lining

Trigger warning: suicide et autres choses tristes.

Image du vidéoclip Silver Lining de First Aid Kit. Les 2 chanteuses, de dos, regardent une peinture d'un orage dont les nuages noirs ont un contour lumineux.

J’ai appris l’autre jour qu’un de mes amis a mis fin à ses jours. Ce qui est un euphémisme poli de dire qu’il s’est suicidé. C’était un bon ami, même si je ne le voyais plus souvent dans la dernière année. Pendant genre 2-3 ans, je le voyais chaque semaine durant les cinq à sept de la job. C’était mon partenaire de bière, la personne avec qui je pouvais bitcher quand il y avait des trucs moches à la job, mais aussi une personne avec qui on pouvait parler des belles choses dans la vie. Il n’avait aucune gêne et aucun sujet était off limit avec lui. Pour moi, c’était parfois choquant, mais aussi plutôt libérateur.

Je me souviens en particulier d’une de nos dernières conversations. Il m’avait fait un lift jusque chez nous et on avait parlé dans l’auto. Arrivé devant chez moi, on a continué de parler pendant au moins deux heures, jusqu’à très tard dans la nuit. Il me racontait ses problèmes et je lui ai raconté les miens. C’était une époque où j’avais encore beaucoup de difficulté à parler de moi. Il était patient et compréhensif. Il m’encourageais là où j’avais des difficultés avec mes problèmes. Mais rapidement, notre conversation s’était élargie pour parler de choses positives et de comment les gens avaient souvent de la difficulté de parler de la beauté dans le monde. On parlait de l’importance de dire aux gens ce qu’on aime chez eux: si on aime travailler avec eux, si on aime discuter avec eux, ou même juste des petits compliments comme le choix d’un vêtement ou dire aux gens qu’ils sont beaux. C’est bizarre comment, en général, on a tous plus de facilité à dire des critiques que des compliments.

C’est sûr que c’était pas un gars parfait. Ceux qui le connaissait le savent. Ceux qui ont joué avec lui à des jeux online le savent aussi. Il pouvait être pas mal chialeux sur certains sujets. Mais rien de particulièrement alarmant. Il suffisait de changer de sujet pour retrouver le gentil Fred.

On entend des fois les gens dire, quand un de leurs proches meurt à cause d’un suicide, qu’ils avaient perçu des signes mais qu’ils n’ont rien fait parce qu’ils pensaient que c’était pas grave. Mais pour moi c’est réellement une surprise. J’aurais jamais pu même imaginer qu’il allait faire ça.

Est-ce que c’est parce qu’il ne m’en parlait pas? Ou parce qu’il était encore correct les dernières fois qu’on s’est parlé? Ou parce que c’est moi qui a été aveugle aux signes? Peu importe. C’est malsain de penser comme ça alors j’évite de le faire.

***

Parfois, mon cerveau me joue des enregistrements de sa voix. Je l’entend dans ma tête. Je vois sa face. J’entends les phrases qu’il disait. Sa manière de dire «bon». Ou «comment c’qui va?». Ou «prend soin de toi Francis.» Ou «ciao!». Il avait un beau sourire et beaucoup d’empathie.

Je vais m’ennuyer. C’est sûr.

***

Cette nouvelle arrive pour moi à un bien mauvais moment. J’ai eu une autre mauvaise nouvelle cette semaine, plus proche de moi et plus proche du cœur, qui m’a aussi causé une grande tristesse. Alors ouais, la semaine a été tough pour moi. J’ai pleuré pas mal. (Fun fact: saviez-vous que la reconnaissance vocale de Siri est assez bonne pour fonctionner même si on a la voix toute brisée?) J’ai encore les émotions instables, mais ça va beaucoup mieux. Y’a rien comme un gros drame pour te faire oublier tes autres petits drames. Et j’ai la chance d’avoir plusieurs personnes à qui parler de tout ça.

Et donc ce matin, en lien avec tout ça, mon jukebox mental m’a ressorti la chanson Silver Lining de First Aid Kit.

Lien Spotify, Apple Music.

J’ai voulu comprendre ce que les paroles voulais dire donc je suis allée chercher un peu sur Internet. Je suis tombé sur un texte qui analyse les paroles et c’était très beau. Je vous encourage vraiment à le lire (archive). C’est court.

En gros, la chanson parle de comment c’est difficile mais pas impossible de passer par dessus les épreuves de la vie, quand on pense que tout va mal. Comment il faut parfois trouver des gens qui vont nous aider à sortir de notre tourment, nous faire sortir de chez nous et nous faire passer un bon moment, pour faire oublier nos difficultés ne serait-ce que pendant un moment.

I don’t want to wait anymore
I’m tired of looking for answers
Take me some place where
There’s music and there’s laughter

J’aime comment la voix de la chanson mentionne qu’elle a des difficultés et, en parlant à une autre personne, demande de la rassurer, de lui montrer les bons côtés de la situation.

I’ve woken up in a hotel room, my worries as big as the moon
Having no idea who or what or where I am
Something good comes with the bad
A song’s never just sad
There’s hope, there’s a silver lining
Show me my silver lining
Show me my silver lining

Si vous voulez en lire plus, je vous encourage vraiment à aller lire la petite analyse des paroles (archive). C’est très touchant.

***

La première fois que j’ai entendu cette chanson, c’était dans le générique de fin du dernier épisode de Tales from the Borderlands. La musique, qui oscille entre tristesse, espoir et mélancolie, donnait un bon ton à la fin de cette série. (Le jeu est vraiment bon en passant. Vous devriez y jouer!)

Mon ami Fred, comme tout être humain, oscillait lui aussi entre beaucoup d’émotions. Je vais m’ennuyer de toi, Fred.

There’s hope, there’s Silvergunn.

Le film Arrival et ce à quoi il me fait réfléchir

Je viens juste de finir d’écouter le film Arrival de Denis Villeneuve. Je m’attendais pas à grand chose, et j’ai été très impressionné. C’est un film film comme je les aime. Ça va pas trop vite, c’est focussé sur les personnages et leurs réactions plutôt que sur l’action. Le genre de film qui fait réfléchir. Et donc là j’ai des choses à dires. Certaines vont avoir des spoilers donc je vais les garder pour la fin.

Là je veux parler de 3 choses: la musique, la bande-annonce, et le message du film. Et ce que j’en tire. Ok ça fait 4 choses ça.

D’abord le trailer. Je suis tombé sur ce film par hasard, dans un commentaire sur la tune des méduses de Tetris Effect (vidéo de gameplay), quelqu’un a mentionné que ça lui faisait penser la musique du film Arrival. J’avais jamais entendu parlé du film avant ça.

Comparez par vous même!

De la bonne musique comme ça, très originale avec ses fragments de voix et une saveur de Philippe Glass, ça ne me laisse pas indifférent! Ça m’a rendu curieux de savoir d »où ça venait, donc j’ai regardé la bande-annonce du film. Malheureusement, c’est le genre de bande-annonce conventionnelle, qui montre trop, qui focus sur des choses pas importantes du film juste pour attirer les gens. Dans ce cas-ci, sur les militaires et les silly humans qui veulent faire la guerre. Par contre, après avoir écouté le film, je comprends pourquoi, dans ce cas-ci, ils n’avaient pas trop le choix. Le film a une thématique très intéressante qui se ressent à travers tout le film mais qui ne s’explique que vers la fin. Et donc je comprends qu’ils n’ont pas voulu révélé ça dans la bande-annonce. Et bien sûr, ils ne voulaient pas montrer les aliens du film trop trop non plus. Donc qu’est-ce qu’il reste? Pas grand chose en effet. C’est un film qui se joue en finesse, avec pas trop d’action, donc pas facile de faire des bande-annonces punchée. Et donc ça a donné ce que ça a donné. On va leur pardonner pour cette fois.

***

Maintenant je vais parler un peu de spoilers. Vous devriez donc aller écouter le film avant de continuer. Surtout que c’est un bon film, bien écrit, joué en finesse et qui fait réfléchir.

C’est votre dernier avertissement. À partir de maintenant je vais assumer que vous avez vu le film. (Après tout, j’écris ça surtout pour moi, et moi je l’ai vu le film!) 😀

Continuer la lecture de « Le film Arrival et ce à quoi il me fait réfléchir »

Still Alive (Mirror’s Edge)

Current mood:
Mirror’s Edge: Still Alive

Aujourd’hui j’ai eu à faire quelque chose qui m’a demandé bien du courage. Mais c’était quelque chose qu’il fallait absolument faire sans tarder, autant pour ma propre sanité que pour le bien être d’une autre personne.

Et comme toutes les choses difficiles qui demandent beaucoup de courage, ça n’a pas été facile. C’était messy et confus et bizarre. Mais ça a somme toute bien été je pense. Même si le résultat n’a pas été celui que j’espérais.

Parce qu’en fait, le résultat a été bien mieux que j’espérais? Je pense? Les apprentissages ont été nombreux. Je n’ai rien perdu. (j’espère?) J’en sors plus fort et résistant. Et stable.

***

La tune Still Alive tirée de la soundtrack de Mirror’s Edge m’est venu en tête aujourd’hui. J’ai pas trop écouté les paroles, mais le petit peu que j’ai compris, ça parle justement de ça. Ce qui est difficile mais ne nous tue pas nous rend plus fort.

I have changed.
I’m still alive.
And I cannot apologize, no.

I’ve learned to lose
I’ve learned to win
I’ve turned my face against the wind

I’m still alive.
I’m still alive.

And I cannot apologize, no.

***

Bon. Sur ce je m’en vais appeler ma mère, qui mérite fort bien des appels de son fils ingrat qui l’appelle jamais!

Et ensuite, quel luxe, il y a un nouveau vidéo de Wintergatan qui vient de sortir! Wintergatan, c’est tellement le meilleur canal YouTube pour être à la fois inspiré, énergisé, relaxé et toutes les autres choses qui font du bien dans la vie.

Je vais écouter ça bien tranquille et peut-être même me coucher tôt? Quel luxe!

C’est important de prendre soin de soi. Prenez soin de vous!

narF fait de la science et de la musique avec une banane

Cette semaine, j’ai fait de la SCIENCE!!

D’abord, j’ai joué avec de la glu faite avec de l’eau et de la fécule de maïs:

Ensuite, j’ai joué à Canabalt avec une banane:

J’ai aussi fait de la musique avec des ustensiles (et une banane):

Bref, j’ai commandé un Makey Makey sur internet, je l’ai reçu tantôt et je me suis amusé avec. C’est génial!

* * *

Expérience culinaire
Des amis m’ont traîné dans un nouveau pub. J’ai mangé un sandwich avec beaucoup trop de moutarde forte dedans. C’était au point où je n’ai même pas été capable de le finir, ce qui n’est pas mon genre d’habitude. Bref, pas vraiment une expérience intéressante. La question qui reste est bien sûr à savoir si cet événement insignifiant sera inspirant. Est-ce que je pourrais transformer cette expérience de moutarde forte trop forte en idée de jeu?

Trouvaille musicale
Tout le monde en parle, donc vous êtes probablement déjà au courant mais je voulais quand même dire que le nouvel album de Jim Guthrie, Takes Time, est intéressant à écouter. Comme c’est souvent le cas, je ne suis pas encore certain que je l’aime, mais une chose est sûr: les tunes reste dans la tête toute la journée!
(Note: Jim Guthrie, c’est le gars qui a fait la musique de Sword and Sworcery)

Mother 3 – Quand la musique devient une VRAIE mécanique de jeu

Je lisais tantôt cet article à propos de la musique de Mother 3 (la suite de Earthbound/Mother 2). Ça a été écrit par un musicien qui s’amuse ici à décortiquer le tempo de plusieurs pièces intéressantes du jeu. Et ça m’a fait réalisé quelque chose de vraiment cool: Mother 3 utilise la musique, et plus particulièrement le tempo, comme mécanique de jeu!

Mother 3 est un RPG avec un système de combat relativement traditionnel. C’est du tour-par-tour basique comme il y en a dans des centaines de JRPG. Mais le jeu innove cependant sur plusieurs aspects, notamment avec la mécanique des compteurs de points de vie. Cependant, ce qui m’intéresse ici c’est plutôt le système de combos.

Durant un combat, lorsqu’on fait une attaque, on peut continuer d’appuyer plusieurs fois sur le bouton A pour attaquer jusqu’à 16 fois. Mais attention: pour que ça marche, il faut appuyer sur le beat de la tune!

En soi, ce n’est pas une mécanique complètement originale. Beaucoup de jeux demandent de taper sur le rythme. Même dans des RPG. On se souviendra notamment des mécaniques de « action battle system » des Mario RPG, Paper Mario ou certains Final Fantasy.

Mais Mother 3 va beaucoup plus loin. C’est à ma connaissance le seul jeu qui intègre les outils du Rational Game Design dans l’écriture même de sa musique!

Le design rationnel est un outil pour les game designers pour leur permettre de ne rien oublier dans le design et de créer une courbe de difficulté raisonnable. Par exemple, si dans un jeu, le personnage est capable de sauter à une distance X, on ne va pas demander au joueur d’utiliser cette habileté à son plein potentiel dès le début. On va commencer par lui donner des défis plus facile pour finalement lui demander de sauter de plus en plus loin et de manière plus précise. La «distance à sauter» est donc un paramètre du design rationnel que le designer peut ajuster. Dans un shooter, au début, les ennemis ne se déplacent pas trop vite et son facile à viser. Par la suite, ils se déplacent plus rapidement pour augmenter le défi. Ici, la «vitesse des ennemis» est donc le paramètre du design rationnel.

Comme je disais, dans Mother 3, le design rationnel semble avoir été utilisé pour la création des musiques de combats. Au début, quand le système de combos est présenté au joueur, les musiques sont relativement simples. Le tempo est régulier, à une vitesse moyenne et avec des indices auditifs clairs. Plus on avance dans le jeu, plus le jeu commence à inclure des versions alternatives des pièces musicales. Dans ces versions alternatives, le tempo devient irrégulier, il y a moins d’indices auditifs (exemple: pas de percussions faciles à suivre). Certaines pièces s’accélèrent. D’autres vont sauter des temps. Tout ça dans le but de rendre de plus en plus difficile pour le joueur de suivre le rythme pour faire des combos. Simplement appuyer sur A de manière régulière ne suffit plus. Il faut vraiment porter attention aux indices musicaux et même apprendre par coeur certains motifs. (Il y a un mode pratique pour ça justement, où le joueur peut se pratiquer à suivre le tempo sans subir de dommage de combat)

Allez lire l’article de Cruise Elroy. Écoutez les extraits et portez attention aux beats. Essayer de taper le beat des pièces. Vous allez constater à quel point cela devient difficile dans les versions alternatives.

C’est une utilisation super intéressantes du design rationnel. Vous pourrez remarquer que la musique a été composée selon certains paramètre du design rationnel. De la même manière qu’on peut changer le paramètre de «distance de saut» ou de «vitesse des ennemis», la musique de Mother 3 utilise les paramètres suivants:

  • Facile: Beat régulier et percussion facile à suivre
  • Taper sur la mélodie de certains instruments au lieu du tempo régulier
  • Taper sur un tempo qui s’accélère
  • Enlever les percussions, ce qui rend difficile la recherche du tempo
  • Utiliser une mélodie en contretemps (qui demande de taper sur les up-beat plutôt que les down-beat)
  • Sauter des beats à certains moment dans une pièce
  • Allonger abruptement certaines notes
  • Ajouter des pauses inattendues
  • Changer la signature rythmique de 4/4 à 3/4 ou 5/4, voire même carrément weird (29/16!!)
On s’entend, quand t’es rendu à composer une tune en 29/16, c’est que tu es en train de troller le joueur solide! Hahaha!
Évidemment, ce n’est pas tout de simplement mettre un tempo difficile à suivre. Il a fallu que le compositeur Shogo Sakai compose des mélodies intéressantes et musicalement correctes! C’est ce qui est compliqué avec le design rationnel. Parce que même si ton design de difficulté te dit que ça serait un bon défi de faire une tune en 29/16, il faut encore que la tune soit bonne! On veut pas que ça devienne une bouillie pour les oreilles!
Si, dans un jeu de plateformes, le design dit que ça serait bien d’avoir une plateforme à 3 mètres de haut, il faut encore que l’artiste de niveaux puisse placer des éléments qui rendent crédible le fait qu’une plateforme flotte dans les airs à 3 mètres! Il va par exemple ajouter un poteau ou une falaise. C’est un problème courant et facile à régler dans le cas d’un jeu de plateformes, mais complètement nouveau pour ce qui est de la musique. Mother 3 est donc un bon exemple (voire même le seul!) de jeu où la musique a été composée selon des contraintes de design rationnel ET les critères de beauté standards de musique.

Certains jeux musicaux comme Guitar Hero ont une courbe de difficulté progressive, mais dans ces jeux, on utilise des pièces musicales déjà existantes. Dans Mother 3, les pièces de musique ont été créé de toutes pièces en fonction des contraintes de courbes de difficulté. Et les versions alternatives des pièces ont été écrit en sachant que le joueur avait déjà maîtrisé la version de base de la même musique et utilisent donc les paramètres de design de difficulté avancés pour jouer sur les attentes du joueur, pour le confondre et le «troller» pour augmenter la difficulté, comme le ferait un bon level design.

Et donc, c’est vraiment hot! 🙂
Allez! On se laisse avec un remix rock semi-quétaine d’une tune du jeu de la meilleure tune du jeu! 😉

Dubstep gun

Quand j’ai commencé le DESS en Design de Jeux, on nous a demandé ce qu’on voulait apprendre au DESS et quels étaient nos objectifs d’apprentissage. La plupart on parlé de vouloir obtenir une carière dans l’industrie, de vouloir apprendre le design de jeux, de vouloir recréer les jeux qui ont marqué leur enfance.

Moi pas.

Moi j’ai juste dit:

«La semaine passé, j’ai vu le meilleur vidéo de youtube. Depuis que je l’ai vu, mon but dans la vie c’est maintenant de faire un jeu aussi hot que ce vidéo là. Avec du dubstep. C’est tout.»

Le vidéo en question était le suivant:

Les effets visuels débiles. Les couleurs. L’énergie. Le dubstep. Le timing. Ce vidéo est malade! Et malgré tout, j’ai jamais vu de jeu qui ressemble à ça. Ça manque à la vie.

Aujourd’hui, un an plus tard, je suis excité. Saint Row 4 a été annoncé. Et ils ont annoncé un petit truc pour me faire plaisir :

Y’a un «fusil à dubstep»!

UN DUBSTEP GUN!!!

Yes!

Ils ont rien dit de plus. On ne l’a pas vu, on ne sait pas ce qu’il fait. Mais dans mon coeur, je souhaite ardamment que ça ressemble au moins un peu au vidéo de l’an passé. Évidemment, je suis probablement excité pour rien. Ça pourrait très bien être une merde. Mais avec ce que j’ai vu de Saint Row 3 et 4, ça semble prometteur.

La bande-annonce du 4 semble justement avoir la même énergie, les même couleurs, le même sens du rythme, la même nonchalance. C’est du 100% con d’un bout à l’autre, ça n’essaye pas d’être autre chose, et c’est parfait comme ça!

Alors me voilà à danser dans ma cuisine en m’imaginant tirer avec mon dubstep gun et à danser devant les explosions de wub-wub aux couleurs arc-en-ciel. À danser… comme ça!

Sortie de Du bonbon pour les oreilles

J’ai sorti aujourd’hui mon jeu Du bonbon pour les oreilles.

C’est plus une expérience interactive qu’un jeu en fait. Le joueur contrôle un homme qui va dans un magasin de musique pour passer le temps. Mais ce magasin est un peu spécial parce que la musique est contenue dans des bonbons.

Essayez-le. Je suis vraiment curieux de voir ce que les gens vont en penser.

Ah et j’ai fait une bande-annonce aussi:

Lettre à mon ancien prof de musique remplaçant

À mon prof de musique remplaçant au secondaire, qui avait les cheveux roux frisés attachés en queue de cheval,

Vous avez donné des cours à un groupe de percussions, en parascolaire sur l’heure du diner au alentour de 2001 ou 2002. J’étais dans ce groupe. Vous ne vous souvenez probablement pas de moi. J’étais celui qui a brisé une baguette durant le concert de Noël. J’étais celui qui dérangeait, qui parlait aux autres étudiants pendant vos explications, ou qui manquait parfois des répétitions sans raison. En fait, vous m’aviez même mis à la porte du groupe vers la fin de l’année après que j’ai manqué une répétition particulièrement importante. À l’époque, j’étais vraiment fâché, mais ce n’est pas vraiment de ça dont je veux parler maintenant.

Vers le milieu de l’année, bien avant mon expulsion, vous nous aviez apporté une nouvelle pièce avec des rythmes latins. J’avais jusqu’alors été plutôt bon aux percussions en rythmes réguliers 4/4 mais cette pièce avait un rythme étrange qui m’était totalement extra-terrestre. Je jouais la cloche à vache dans cette pièce. Ma partie était en fait le rythme de base de la pièce et j’étais donc peut-être l’instrument le plus important du groupe, celui qui donnait le tempo et le rythme aux autres.

Mais ce rythme n’était vraiment pas facile. Même après l’avoir pratiqué pendant 2 ou 3 séances en cubicule, je n’arrivais toujours pas à l’exécuter. Il s’agissait d’un enchaînement discontinu de frappes, aligné sur une série de 4 triolets. Je n’avais jamais vu ça de ma vie et j’étais bien incapable de «compter» mentalement ce rythme particulier. Mon cerveau n’arrivait pas à comprendre la séquence. Pour moi, les frappes sur la cloque avaient l’air d’apparaître de façon aléatoire, même après avoir étudié les 7 notes intensivement. Mon cerveau refusait de voir la logique derrière, probablement parce que j’essayais de le comprendre en mode 4/4.

De mémoire, ça ressemblait à ça (ma notation n’est probablement pas correcte). Il s’agit de 4 triolets de croches:

Ce dont je me souviens parfaitement bien, c’est du moment où j’ai finalement compris. Tous les autres du groupe étaient partis et vous me donniez une leçon particulière. Ce soir-là, vous avez passé probablement plus de 20 minutes à me jouer les même 4 triolets, les même 4 temps, sur la cloche. Vous me faisiez taper dans les mains pour suivre le rythme. Et soudainement, il y a eu un déclic. Je ne peux l’exprimer autrement. Un instant, mon cerveau ne voyait aucune logique. L’instant d’après, les temps sont venus s’aligner de façon ordonnée et j’ai finalement «compris» le rythme de la pièce.

Avec le recul, je ne pense pas avoir jamais vécu un tel «déclic mental» à l’école ailleurs que durant cette soirée-là. Ça n’a pas été facile. Vous étiez probablement tanné de jouer le même rythme de 4 temps pendant 20 minutes en comptant la mesure. Vous étiez probablement fatigué de m’entendre jouer tout croche. Mais ça a porté fruit et j’ai par la suite parfaitement assimilé le rythme de cette pièce. Et je l’ai joué de façon, je crois, plutôt bien lors du concert de Noël (celui où, sous l’excitation, j’ai brisé ma baguette tellement je tapais fort sur ma cloche!)

* * *

Hier dans l’autobus, j’écoutais la soundtrack du jeu Scott Pilgrim vs The World – The Game (sur Xbox Live Arcade et PS3). Il y avait une pièce en particulier que je trouvais intrigante parce qu’elle avait une sonorité «vacance à la plage», mais je n’arrivais pas à comprendre pourquoi. Ce n’était pas vraiment causé par les instruments puisqu’il ne s’agissait que de synthétiseurs très lo-fi. Ce n’était pas non plus la mélodie, puisqu’elle était assez ordinaire. Après un moment, j’ai réalisé que c’était le rythme latin de la pièce qui faisait cet effet. Mieux encore, il ressemble même beaucoup au rythme que vous avez passé tant de temps à m’apprendre.

J’étais très content d’avoir réussi à identifier ce rythme, et d’avoir pu percer le «secret» de la pièce.

Je sais qu’on ne s’entendait peut-être pas très bien durant les cours, mais je voulais quand même vous dire merci pour ça.