Sortie de Du bonbon pour les oreilles

J'ai sorti aujourd'hui mon jeu Du bonbon pour les oreilles.

C'est plus une expérience interactive qu'un jeu en fait. Le joueur contrôle un homme qui va dans un magasin de musique pour passer le temps. Mais ce magasin est un peu spécial parce que la musique est contenue dans des bonbons.

Essayez-le. Je suis vraiment curieux de voir ce que les gens vont en penser.

Ah et j'ai fait une bande-annonce aussi:

Lettre à mon ancien prof de musique remplaçant

À mon prof de musique remplaçant au secondaire, qui avait les cheveux roux frisés attachés en queue de cheval,

Vous avez donné des cours à un groupe de percussions, en parascolaire sur l'heure du diner au alentour de 2001 ou 2002. J'étais dans ce groupe. Vous ne vous souvenez probablement pas de moi. J'étais celui qui a brisé une baguette durant le concert de Noël. J'étais celui qui dérangeait, qui parlait aux autres étudiants pendant vos explications, ou qui manquait parfois des répétitions sans raison. En fait, vous m'aviez même mis à la porte du groupe vers la fin de l'année après que j'ai manqué une répétition particulièrement importante. À l'époque, j'étais vraiment fâché, mais ce n'est pas vraiment de ça dont je veux parler maintenant.

Vers le milieu de l'année, bien avant mon expulsion, vous nous aviez apporté une nouvelle pièce avec des rythmes latins. J'avais jusqu'alors été plutôt bon aux percussions en rythmes réguliers 4/4 mais cette pièce avait un rythme étrange qui m'était totalement extra-terrestre. Je jouais la cloche à vache dans cette pièce. Ma partie était en fait le rythme de base de la pièce et j'étais donc peut-être l'instrument le plus important du groupe, celui qui donnait le tempo et le rythme aux autres.

Mais ce rythme n'était vraiment pas facile. Même après l'avoir pratiqué pendant 2 ou 3 séances en cubicule, je n'arrivais toujours pas à l'exécuter. Il s'agissait d'un enchaînement discontinu de frappes, aligné sur une série de 4 triolets. Je n'avais jamais vu ça de ma vie et j'étais bien incapable de «compter» mentalement ce rythme particulier. Mon cerveau n'arrivait pas à comprendre la séquence. Pour moi, les frappes sur la cloque avaient l'air d'apparaître de façon aléatoire, même après avoir étudié les 7 notes intensivement. Mon cerveau refusait de voir la logique derrière, probablement parce que j'essayais de le comprendre en mode 4/4.

De mémoire, ça ressemblait à ça (ma notation n'est probablement pas correcte). Il s'agit de 4 triolets de croches:

Ce dont je me souviens parfaitement bien, c'est du moment où j'ai finalement compris. Tous les autres du groupe étaient partis et vous me donniez une leçon particulière. Ce soir-là, vous avez passé probablement plus de 20 minutes à me jouer les même 4 triolets, les même 4 temps, sur la cloche. Vous me faisiez taper dans les mains pour suivre le rythme. Et soudainement, il y a eu un déclic. Je ne peux l'exprimer autrement. Un instant, mon cerveau ne voyait aucune logique. L'instant d'après, les temps sont venus s'aligner de façon ordonnée et j'ai finalement «compris» le rythme de la pièce.

Avec le recul, je ne pense pas avoir jamais vécu un tel «déclic mental» à l'école ailleurs que durant cette soirée-là. Ça n'a pas été facile. Vous étiez probablement tanné de jouer le même rythme de 4 temps pendant 20 minutes en comptant la mesure. Vous étiez probablement fatigué de m'entendre jouer tout croche. Mais ça a porté fruit et j'ai par la suite parfaitement assimilé le rythme de cette pièce. Et je l'ai joué de façon, je crois, plutôt bien lors du concert de Noël (celui où, sous l'excitation, j'ai brisé ma baguette tellement je tapais fort sur ma cloche!)

* * *

Hier dans l'autobus, j'écoutais la soundtrack du jeu Scott Pilgrim vs The World - The Game (sur Xbox Live Arcade et PS3). Il y avait une pièce en particulier que je trouvais intrigante parce qu'elle avait une sonorité «vacance à la plage», mais je n'arrivais pas à comprendre pourquoi. Ce n'était pas vraiment causé par les instruments puisqu'il ne s'agissait que de synthétiseurs très lo-fi. Ce n'était pas non plus la mélodie, puisqu'elle était assez ordinaire. Après un moment, j'ai réalisé que c'était le rythme latin de la pièce qui faisait cet effet. Mieux encore, il ressemble même beaucoup au rythme que vous avez passé tant de temps à m'apprendre.

J'étais très content d'avoir réussi à identifier ce rythme, et d'avoir pu percer le «secret» de la pièce.

Je sais qu'on ne s'entendait peut-être pas très bien durant les cours, mais je voulais quand même vous dire merci pour ça.

Frank Zappa, à ses débuts, à la télévision de l'époque

Voici un extrait d'émission où Frank Zappa a été invité invité au Steve Allan Show alors qu'il n'était pas encore trop trop connu (du moins, c'est ce que j'en comprends). C'était en 1963. Zappa arrive comme un hurluberlu et fait une démonstration de musique avec un vélo. Vous excuserez la qualité horrible et le fait que c'est découpé en 4 vidéos. Ça reste quand même très très drôle à écouter alors je vous invite à prendre le temps.

Je ne pense pas avoir écouté de Frank Zappa avant aujourd'hui. Je savais vaguement qu'il faisait de la musique bizarre mais je ne me rappelle pas en avoir écouté avant aujourd'hui. D'une certaine manière, je me retrouve dans la même position que le public de cette émission, où Zappa joue devant un public qu'il ne connait pas.

Ce qui est drôle, au début du vidéo, c'est qu'il semble gêné et n'offre pas de très longues réponses aux questions de l'animateur. Et de son côté, l'animation est dans une zone d'inconfort et semble faire des blagues pour masquer son embarras. Mais ce qui est beau, c'est qu'au fur et à mesure que l'entrevue et la démonstration avance, tous semblent se dégêner. Frank Zappa prend plus d'assurance, l'animateur se met à avoir du fun et le public rit de plus en plus. Je trouve absolument admirable que Zappa ait l'audace de demander aux musiciens du show de «jouer n'importe quoi, comme ils le sentent» et de mettre des objets sur les cordes du piano! Et les musiciens embarquent dans ses niaiseries et font de la musique hyper expérimentale à heures de grande écoute! Tout le monde a l'air de s'amuser et ça donne un maudit bon moment de télévision!

Television in that day was so much more innocent than today's tightly scripted and market-researched crap. "In Praise of Steve Allen and Television of the Early 1960s" might be more apppropriate. I don't recall how long each episode of The Steve Allen Show ran, but, I'd surmise 90-minutes [...] instead of 60 minutes as is popular these days. [...] Thanks to television programming of nearly four decades ago, and Steve Allen for actually being hip back then, to allow a full 20 minutes of air-time to some nearly indescribable individal with a taste for the bizarre to do his thing. Without that venue, without the innocence of television of the era, without the open-mindedness of a hip tv host in his prime, that early Frank Zappa television appearance would have never been broadcast.

R. Kane [Source]

Le nouveau drame: Dancing On My Own (Robyn)

Ça c'est le premier clip de Robyn que j'ai vu. Il est bon hein? Non? Vous n'êtes pas d'accord? Vous le trouver un peu... bizarre? Un peu ridicule? Ouais... Moi aussi je pensais ça au début. Mais plus maintenant.

La première fois que j'ai entendu une tune de Robyn, c'était quand j'ai travaillé un mois chez Ludia. Ma boss partageait sa librairie iTunes sur le réseau et foutu qu'elle avait de la bonne musique! J'était tombé sur Robyn par hasard et j'ai accroché tout de suite.

J'ai dû écouté ses albums Body Talk part 1 et 2 une bonne dizaine de fois avant d'aller la chercher sur Youtube. Je voulais voir de quoi elle avait l'air. Avec sa voix aigüe de gamine et avec la toute petite photo de la pochette d'album qui venait avec les mp3, je lui donnait quoi... 16 ans? 18? Peut-être 23 ans gros max.

La première fois que je l'ai vu dans ce clip, j'ai évidemment réalisé qu'elle était pas mal plus vieille que ça. Et ça fait un choc! C'est clairement pas une petite poupounne photoshoppée comme on en voit par dizaine à Musique Plus. Elle a de l'âge. Et en cet époque de chanteuses pop de 20 ans, quand t'es rendu à 32 ans, t'es complètement out, dépassée et on veut pu te voir parce que t'es vieille et laide. (J'exagère à peine, vous le savez bien! L'industrie pense comme ça en tout cas.)

Et sa manière de danser. C'est quoi cette façon de danser là?! La première fois que j'ai vu le clip, j'avais l'impression d'un petit clip à petit budget. Elle dansait toute seule dans une grande pièce en regardant la caméra. J'avais l'impression qu'ils n'avaient pas eu de budget pour engager des figurants et des danseurs pour l'accompagné. Sérieux, c'est quoi ce clip weird?!?

Ça c'est ce que je me disais la première fois que je l'ai vu. Mais vous le savez, ils ne faut pas se fier aux appararences. Une fois la surprise passée, on comprend que c'est en fait un choix artistique. Je veux dire, si vous portez attention aux paroles, c'est exactement ça que ça dit: "dancin on my own". Elle est allé à un party, elle avait un oeil sur un gars, le gars l'ignore, le gars embrasse une autre fille. Fuck! Pis la elle est triste. Elle est triste et elle pleure peut-être intérieurement, mais bordel, si c'est le cas, elle va certainement pas le laisser paraître. Faque elle continue de danser toute seule comme si de rien était.

C'est donc ça que le clip montre. Les plans alternent entre elle dans un party bondé de gens, qui observe le gars, et des plans où elle dans un genre de studio blanc tout éclairé, mais surtout désert. D'un côté, on a la réalité, le moment où elle est dans le party avec les gens, et de l'autre, on a ce qui se passe dans sa tête, mataphoriquement, avec elle qui danse seule dans cette salle vide. "So far away but still so near". L'éclairage est d'ailleurs grandement utilisé pour donner le ton aux 2 environnements. Dans le party, c'est un éclairage sombre, très tamisé, où on ne voit que les silhouettes. De l'autre, on a un éclairage en high key, tout blanc. Frontal. Cru. C'est le genre d'éclairage utilisé en comédie. Parce que c'est tellement brut comme lumière, tellement peu flatteur, que tu as automatique l'air un peu moche et ridicule. Et elle a vraiment l'air ridicule à danser ainsi toute seule dans cette pièce vide! C'est presque aussi grossier que la petite chorégraphie du Star Wars Kid.

Mais elle a du guts la fille. Elle s'en contrefout! Elle danse tout seule et elle a l'air ridicule, mais c'était nécessaire. C'est ce qu'il fallait pour faire passer le message artistique de la chanson. Et là, je parle pas de la fille dans la chanson. Je parle de la vraie Robyn, la chanteuse qui a physiquement dansé ainsi dans le vidéoclip. Ça prend du courage pour volontairement danser de façon un peu ridicule selon les standards. Ça prend du courage et beaucoup d'humilité pour avoir l'air ridicule. Et pas ridicule comme un show burlesque où c'est sarcastique d'avoir l'air ridicule! On parle du vrai ridicule qui est pathétique et désespéré. Celui qu'on ne veut pas voir. Celui qui nous fait détourner les yeux. Celui qui nous rend mal-à-l'aise. Celui qui nous gêne. Elle danse comme une déchaînée attachée et ligotée par ses sentiments: c'est pas tout de suite beau à voir, c'est sûr! Le genre de situation où, dans la vraie vie, tu t'en vas en disant «J'la connais pas!» Mais là, elle l'a fait. Elle a fait un clip où elle danse bizarrement, sans sarcasme, sans masque. Voilà. C'est comme ça. Si ça vous gêne, vous avez juste à vous en aller et à la laisser tranquille.

C'est ce que j'aime à propos de Robyn. Derrière la musique pop hyper accrocheuse et hyper dansante, il y a une maturité et une vulnérabilité qu'on ressent si on y prête attention. C'est pas juste de la petite musique pop de fillette de 18 ans, destinée à tourner à la radio pendant quelques mois et à être oublié ensuite. C'est quelque chose qui a été réfléchis, qui a mûrit et qui va rester mémorable. Dans le même genre, je pense un peu au récent album de Madonna, Confessions on a Dance Floor, où la musique électro-dance accrocheuse cache des textes profonds et personnels.

Est-ce que je trouve encore que Robyn a l'air ridicule à danser ainsi dans le clip? Non. Certainement pas. Je la trouve énergique, puissante. Si elle a l'air un peu pathétique, c'est parce qu'on sait qu'elle est remplie de tristesse et qu'elle ne veut pas le montrer. On voudrait aller la consoler. Lui dire que tout va s'arranger. C'est du drame puissant, ça! C'est du niveau des Tristant et Iseult et des Roméo et Juliette! C'est du drame aussi fort que ceux des grands classiques, mais ça se passe aujourd'hui. Vous l'avez peut-être vécu vous-même. Et, sur le coup, vous avez peut-être, vous aussi, fait des trucs un peu ridicule.

Pensez à ça avant de juger trop vite un clip que vous n'aimez pas parce que «la danseuse a l'air conne». C'est peut-être juste un choix artistique.

* * *

Mais fille, pourquoi t'es allé à un party toute seule? Ça doit ben être la chose la plus plate au monde! C'était ben courir après le trouble!

Le lointain et le rapproché

Devant la grandeur si terrifiante, j'ai le vertige. Je suis cloué au sol et béat. Cette musique est si grande, si grande. Cette musique provient de loin. Cette musique est vaste. Elle arrive d'un endroit si vaste et grand, c'est étourdissant! Il y a quelque chose d'ouvert dans cet univers et quelque chose de clos. C'est tellement loin et proche en même temps. Je ne peux le voir mais je l'entends.

Je ne suis plus là où je suis.

Inspiré par la musique de Kyle Gabler (World of Goo). Il faut prendre le temps de vivre ça dans sa vie.

Remix auto-tuné de vidéos. J'en veux encore plus!

Si vous voulez me rendre heureux ces temps-ci, prenez quelque chose de bizarre et faites en une tounne avec beaucoup d'auto-tune dedans.

Prenez un reportage niaiseux de la télé américaine et faites en une toune merveilleuse!

Ou alors, prenez un vidéo cool d'un gars totalement É-MER-VEIL-LÉ et sous le choc parce qu'il voit un double arc-en-ciel... et faites en une toune hot! (Sérieux, ça fait 2 semaines que j'ai ça de coincé dans la tête)

J'adore ce que la gang de Auto-Tune the News font. Normalement je vous re-ferais mon discours sur le recyclage artistique et l'art du remix, mais là je dois aller me coucher. Lisez mes vieux billets sur le sujet si ça vous intéresse.

René Lévesque passé à l'autotune

Je parle souvent ici du recyclage comme forme d'art, c'est-à-dire de prendre quelque chose d'existant et de le transformer pour lui ajouter une valeur artistique. De faire du neuf avec du vieux. Ici, on a un discours de René Lévesque transformé en chanson. Et ça marche super bien en plus!

Ce vidéo ressemble évidemment à des millions de vidéo niaiseux sur youtube. Pourquoi alors est-ce que j'en fais tout un plat avec mes histoires d'art et de recyclage? Ce que je trouvais intéressant de celui-ci, c'est qu'il m'a fait découvrir un fragment de l'histoire. Je n'aurais probablement jamais cliqué pour voir un vidéo intitulé «Discours de René Lévesque». Par contre, un discours passé à l'autotune, ça c'est drôle! J'ai cliqué, j'ai regardé.

Ma génération est plutôt inculte quand on y pense. Je ne pense pas avoir jamais vu un discours de René Lévesque de toute ma vie. Je n'aurais probablement même pas été capable de le reconnaître en photo. Mais là, après avoir vu ce vidéo, c'est sûr que je vais m'en rappeler.

C'est ça la force du recyclage artistique. Ce vidéo là réussi à transformer un discours important d'un grand politicien en quelque chose d'encore plus grand, un hymne qu'on pourrait chanter, une mélodie qui va peut-être nous rester dans la tête toute la journée.

Tarboy

Un petit film d'animation avec des robots et un petit bonhomme de goudron remplis de vengeance. Mais surtout, un excellent travail de synchronisme entre la musique et l'animation. C'est très ingénieux sur ce point. Aussi, les dialogues sont écrits comme s'il s'agissait d'une chanson, synchronisé joyeusement avec la musique. Le résultat est un petit film dynamique et sympathique, bien loin devant les millions de films de bataille qu'on peut trouver sur Newgrounds.

Pour voir le film, vous pouvez allez sur Newground, mais je préfère la version sur Youtube parce qu'on peut la mettre en plein écran et bien voir. Donc, cliquez ci-dessous et n'oubliez pas le bouton pour mettre en plein écran!

Tong Poo: un film avec de la gouache par dessus

Dans mon cours de cinéma expérimental, on a vu beaucoup de vidéos où les artistes peignaient ou grattait la pellicule pour faire un film sans utiliser de caméra. Norman McLarren, un cinéaste d'animation de l'ONF, a beaucoup utilisé cette technique, la plupart du temps pour faire des films où l'image était synchro avec la musique.

Dans ce vidéo, YMO a peint par dessus la pellicule... mais c'était de la pellicule avec déjà un film dessus. C'était donc un travail d'image sur image, du compositing. Le dessin ajouté n'est pas synchro avec la musique, il est synchro avec l'image en dessous. Ils ont filmé des jeux vidéos et ont rajouté des effets visuels cools par dessus. Probablement pour reproduire ce qu'ils auraient voulu que les jeux vidéo aient comme effets visuels.

Aussi, la tune est bonne. Ça reprend le langage de la musique techno (les boucles et répétitions) mais c'est joué manuellement par des musiciens. Ça peut donc aller plus loin, tout en donnant l'illusion que c'est fait électroniquement (le son des synthétiseurs aidant).

Ouais... vous pouvez écouter ça pour toutes les raisons compliqués dont je parle plus haut, ou vous pouvez aussi l'écouter juste pour le fun.


Chanson Tong Poo du groupe japonais YMO.