Il y a quelques semaines, j'ai réécouté Perfect Blue de Satoshi Kon. Depuis la mort de ce grand réalisateur, je me suis mis dans la tête de revoir tous ces films. Je progresse lentement (c'est seulement le 2ème que j'écoute depuis) mais je ne veux pas y aller trop vite et m'écoeurer non plus...
C'était la deuxième fois que j'écoutais Perfect Blue et je dois dire que le film est vraiment meilleur lorsqu'on l'écoute pour la deuxième fois parce qu'on peut enfin comprendre toute l'histoire en ayant toutes les clés en main. Comme c'est un thriller dont le récit nous est raconté de façon déconstruite, le voir une seconde fois nous permet de bien remettre tous les morceaux de puzzle ensemble. Pour cette raison, je suggère fortement d'écouter le film 2 fois si vous en avez la chance, pour pouvoir mieux l'apprécier.
Quand je l'ai réécouté, j'en ai fait profité toutes la famille. C'était notre film du vendredi soir. J'avais réussi à convaincre mon père que c'était un bon film et que ça ressemblait à un thriller de Hitchcock. Mon père déteste les «trucs japonais» et c'est probablement la seule chose que je pouvais dire pour le convaincre de s'installer avec nous et l'écouter.
Ça a plus ou moins bien fonctionné. Il a quand même pu apprécié le film un peu, même s'il continu de détester ça parce que c'est «des trucs japonais avec des petites voix aigües».
C'est intéressant qu'il ait souligné ce point. Et en fait, je dois dire que je suis plutôt d'accord avec lui. Autant j'ai pu être un énorme fan des animes et des mangas à une certaine époque, j'en ai depuis développé une écoeurantite aigüe. Tout ce qui est sorti récemment n'est qu'un ramassis de clichés scénaristiques, de sexisme dégoulinant, de scénarios insipides et de personnages insignifiants. Néanmoins, malgré tout cela, je garde une place dans ma bibliothèque pour certains animes particulier et certains films de réalisateurs talentueux. Satoshi Kon y a une place de choix, évidemment.
Je disais que c'était drôle que mon père n'ait pas apprécié le côté très «anime japonais» et petites voix aigües de Perfect Blue. Je souligne parce que c'est en fait plutôt ironique qu'il ait dit ça. Perfect Blue est, en plus d'être un thriller psychologique intense, une satire sur l'industrie des animes, des mangas et de la culture pop japonaise en général. Sans rentrer trop dans les détails de ce qui se passe au Japon (surtout que je ne suis pas un expert en la matière), disons seulement que de riches entreprises parfaitement légitimes se financent ouvertement en vendant des produits ayant comme but d'aller titiller les pulsions sexuelles déviantes et quasi pédophiles de leurs fans. La plupart des animes d'aujourd'hui ne sont que ça: des petites filles mineures dans des situations remplies d'allusions cochonnes. Si vous avez déjà vu du moe, vous devriez savoir de quoi je parle.
Ce qui est intéressant de Perfect Blue, c'est qu'il agit comme une sorte de documentaire de cette industrie. On y voit une chanteuse pop (au Japon, ils les appellent «idoru», une transcription de «idole») qui est forcée par son manager d'abandonner sa carrière musicale pour devenir actrice. Là où ça devient louche, c'est quand ses managers, mais aussi les scénaristes, les réalisateurs et l'industrie en général, la pousse à faire des scènes de viol et des photos érotiques. Inutile de dire qu'elle n'est pas particulièrement à l'aise avec ça, au point d'en développer des pathologies psychologiques et des dédoublements de personnalité. Le film décrit l'industrie de la pop culture japonaise comme gourmande de débauche sexuelle, tout en se foutant de ce que les actrices doivent endurer comme horreurs pour satisfaire la demande des fans.
Peu de réalisateurs japonais ont osé décrier le système et cette façon de mettre les jeunes femmes et les fillettes en images. Le seul autre que je connaisse c'est Hideaki Ano et la finale mythique de sa série Evangelion, où Rei (la fille moe cute dans la série (à sa façon)) se fait agrandir dans l'écran et mettre à nue de façon artificielle et horrifiante, comme si le réalisateur avait voulu dire: «vous l'aimez elle? Eh bien je vais vous en donner beaucoup plus que ce que vous en vouliez, au point de vous faire vomir!».
Mais je diverge... Ce que je veux dire, c'est que les animes s'enlisent dans un bourbier pervers et que Perfect Blue est un des trop rares films à oser critiquer le système. Ce qu'il disait en 1998 est encore plus vrai aujourd'hui. Si vous êtes fan d'animes, vous devriez l'écouter pour voir l'envers de l'industrie que vous aimez tant. Sinon, vous pouvez aussi écouter et apprécier le film comme un très bon thriller psychologique.
Voir aussi: Mes autres billets sur les films de Satoshi Kon écrit après sa mort, notamment celui sur Paprika.
Attention. Il est particulièrement néfaste de voir le monde à travers des lunettes hexagonales, spécialement si vous êtes antichronophage ou à tendance analogique. Ne regardez pas directement le faisceau. Ne plongez pas ce blogue dans l'eau à une profondeur de plus de 6 mètres. Ici, narF parle de jeux vidéo, de films, de BD, de podcasts et d'autres trucs farfelus divers.
jeudi 6 janvier 2011
mercredi 5 janvier 2011
Rien n'est oublié
Nothing is Forgotten est une petite histoire racontée en image sans une seule ligne de texte. Un petit garçon est triste après la mort de son père et va se perdre dans la forêt près de chez lui. Il va y faire une surprenante rencontre qui n'est pas sans rappeler le film Le Labyrinthe de Pan, un film que j'avais beaucoup aimé par la manière dont sont intégrés les éléments fantastiques.
Vous pouvez lire l'histoire sur le blogue de son auteur: ryan a. Il suffit de suivre les liens pour avancer d'une page à l'autre.
Ce que j'ai aimé particulièrement en lisant Nothing is Forgotten, c'est que l'histoire est très courte (ça se lit en 10 minutes) mais est néanmoins très remplie. Dès le début, je pensais savoir où l'histoire se dirigeait mais à chaque page, un petit rebondissement inattendu amenait la situation dans une autre direction. Et comme le récit n'est pas ralenti par des dialogues, le tout file à toute vitesse, au rythme de votre défilement de souris dans la page.
Détail intéressant, le tout se lis très bien sur un iPhone ou iPod Touch. J'ai déjà essayé de lire des BD et des webcomics sur iPod et c'est toujours compliqué. Cette fois, on n'a qu'à défiler comme n'importe quelle page web. C'est aisé et la rapidité de l'histoire fait en sorte que c'est le médium et le récit s'agencent parfaitement. Allez lire ça!
Merci @BenJelter pour avoir partagé cette trouvaille sur Twitter. Ben Jelter est l'auteur d'une excellente BD, The Tumor, qui a le même style et la même manière de raconter les histoires. The Tumor est un de mes coup de coeur BD de l'an passé.
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